Grève des maçons

Les patrons font feu sur les syndicats genevois

Mardi, la ville de Genève sera bloquée par la grève des employés du gros œuvre. Les patrons disent leur incompréhension devant des syndicats qui ajoutent de nouvelles revendications à leur catalogue. Ceux-ci se justifient

«Des gesticulations inutiles, déloyales, choquantes, une violation crasse de la paix du travail»… Le patronat genevois conduit par Serge Hiltpold, président de la Fédération genevoise des métiers du bâtiment (FMB), n’avait pas de mots assez durs pour qualifier, lundi devant la presse, les syndicats genevois. Ceux-ci ont appelé à la grève générale des maçons, mardi. «Auparavant, il était possible de discuter avec eux, estime Nicolas Rufener, secrétaire général de la FMB. Aujourd’hui, c’est un dialogue de sourds.» «Ils sont dans une stratégie de lutte incessante, renchérit Pierre-Alain L’Hôte, président de la section genevoise de la Société suisse des entrepreneurs (SSE). Ils visent une symbolique de mise en scène et ne tiennent pas parole.»

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Qu’est-ce qui vaut aux syndicats pareille réprimande? L’incompréhension des patrons devant la menace de grève générale, alors que les conditions-cadres au bout du lac sont globalement plus favorables qu’ailleurs en Suisse pour les employés du gros œuvre (4000 employés à Genève, un secteur très structuré avec 77% de syndiqués). Avec un salaire minimum de 5633 francs par mois sur treize mois pour ceux au bénéfice d’un CFC – mais des salaires réels en moyenne supérieurs aux minimums conventionnels, assure le patronat –, les travailleurs genevois ont une retraite anticipée à partir de 60 ans, pour autant qu’ils aient travaillé quinze ans dans la branche. Genève offre aussi une pause payée ainsi qu’une indemnité forfaitaire de 25 francs par jour. Des particularités locales qui se trouvent dans une annexe à la convention nationale, laquelle arrive à échéance à la fin de l’année.

Le Tessin lance l’offensive

Or, c’est précisément contre celle-ci que les maçons suisses se mettent en ordre de bataille pour une vague de protestation nationale. C’est le Tessin qui a lancé l’offensive, lundi, avec 3000 maçons dans les rues de Bellinzone. Genève, qui va suivre, avait déjà pris les devants ce printemps. Les syndicats avaient allumé les hostilités en bloquant des chantiers et en organisant des mises en scène devant des entreprises avec des tonneaux et des pneus en feu.

Pourtant, les patrons genevois disent croire à une issue favorable aux négociations nationales: la SSE a en effet accepté une hausse de salaire de 150 francs pour tous sur les minimums salariaux (aucune revalorisation salariale n’est intervenue depuis quatre ans), ainsi que le sauvetage de la retraite anticipée, avec un mécanisme de financement très largement patronal.

«Paix du travail régulièrement brisée»

«Or, les syndicats genevois n’appellent à la grève ni à cause des salaires ni à cause des retraites, mais pour de nouvelles revendications, avance Pierre-Alain L’Hôte. Ils exigent beaucoup, mais ferment la porte aux discussions sans être prêts à des concessions. Et au mépris de la paix du travail.» En 2017, une cellule de réinsertion professionnelle pour les travailleurs licenciés de plus de 50 ans avait été mise en place, assortie de la promesse de paix du travail. «Elle est brisée régulièrement», déplore Nicolas Rufener.

Des critiques que les syndicats balaient allègrement. Thierry Horner, du syndicat SIT: «Nous voulons que les patrons genevois se distancient de la SSE. On aimerait trouver des accords sur plusieurs phénomènes de précarisation, et une limitation du travail temporaire des plus de 50 ans. Nous ne voulons pas non plus entrer en matière sur des heures variables. Car cela ouvrirait la porte à des semaines de potentiellement 60 heures pendant l’été!» Et tant pis si les heures variables existent déjà, rétorque le patronat. A Berne, au syndicat Unia, on salue la mobilisation genevoise: «Les patrons prennent en otage la retraite anticipée en liant la convention nationale à 300 heures variables. C’est Germinal!» s’exclame François Clément, coresponsable du secteur construction.

Un courroux qui va fortement perturber Genève mardi, puisque les maçons défileront du pont du Mont-Blanc à Lancy, en passant par les Rues-Basses et Plainpalais. Un parcours négocié avec la police pour deux jours. En fin de journée, une assemblée générale décidera de la poursuite éventuelle du mouvement. Les syndicats espèrent plus de 2000 participants. Et une extension du mouvement sur le canton de Vaud.

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