Climat d’affaires

Les patrons russes rêvent d’horizons meilleurs

Un sondage réalisé auprès de dirigeants d’entreprises russes montre que pas loin de la moitié d’entre eux envisagent d’émigrer. La Suisse se classe en quatrième position parmi les pays convoités

La fièvre patriotique agitant la Russie ces deux dernières années n’a pas annihilé le désir d’émigrer, si l’on en croit un sondage publié mardi par la société de recrutement Agence Kontakt. 42% des dirigeants d’entreprise russes disent «se préparer à émigrer», dont 16% dans les deux années qui viennent. Le sondage a été effectué le mois dernier, anonymement, auprès de 467 dirigeants d’entreprises de nationalité russe.

La Suisse fait partie des pays les plus convoités. Elle se classe en quatrième position (10%), derrière les Etats-Unis (22%), l’Allemagne (17%) et la Grande-Bretagne (11%). En dépit de sa popularité traditionnelle en Russie, la France est boudée par les entrepreneurs, qui plébiscitent au total 32 pays. Le sondage classe en outre la Suisse à la sixième place des pays les plus visités par les hommes d’affaires russes.

«Peur du risque dominante»

«Le désir d’émigrer des dirigeants d’entreprise peut devenir une tendance réelle dans les prochaines années, prédit Anastasia Staseva, directrice du développement à l’agence Kontakt. Ceux qui veulent se lancer dans les secteurs de l’innovation et des hautes technologies sont attirés par l’absence de barrières qui sont nombreuses dans notre pays.» Les Russes perçoivent une différence cardinale entre les investisseurs occidentaux et leurs compatriotes. «En Russie, la peur du risque domine, tandis qu’aux Etats-Unis et en Europe, c’est la crainte de rater une opportunité», poursuit Staseva.

Les données macroéconomiques du pays n’inspirent pas à l’optimisme. La croissance n’a cessé de ralentir depuis 2012 et a basculé dans une récession de 3,7% en 2015. La plupart des économistes prédisent une stagnation prolongée de l’économie russe, qui s’amorce à travers la forte baisse des investissements (-7,6% en 2015).

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Pourtant, et c’est un point positif, le désir d’émigrer est davantage guidé par l’attraction de l’étranger (69%) que par celui de fuir la patrie. Seuls 7% citent la «situation économique et politique de la Russie» et 5% sa législation instable. L’insécurité n’est citée que par 4% des dirigeants d’entreprise.

Quels sont les objectifs une fois à l’étranger? Parmi les hauts dirigeants russes décidés à émigrer, 48% envisagent de dénicher un poste dans une entreprise, 31% souhaitent monter leur propre affaire et 16% tablent sur une expatriation au sein de l’entreprise transférer dans un autre pays, au sein de l’entreprise qui les emploie actuellement. La perspective d’être rentier dans un pays au climat plus doux attire presque un tiers des personnes sondées, grâce à leurs économies ou à la location de leurs biens immobiliers à domicile.

«Circulation des cerveaux»

Mais l’écart est souvent important entre les paroles et les actes. Vladimir Moukomel, sociologue spécialiste des mouvements migratoires à l’académie des sciences russes, émet de doute sur les conclusions du sondage. «Beaucoup déclarent leur intention de partir, mais bien peu concrétisent ce désir. Il est évident qu’il existe un fort mécontentement des entrepreneurs à cause de la dégradation du climat d’investissement, mais cela ne signifie pas que la moitié des dirigeants d’entreprise vont quitter le pays dans le futur proche.»

Le sociologue attire en revanche l’attention sur le fait que des entrepreneurs vivent à cheval sur deux, voire trois pays. L’un où ils travaillent, l’autre où ils vivent avec leur famille et un troisième où ils se reposent. Un phénomène que le sociologue appelle la «circulation des cerveaux», par opposition à la dramatique «fuite des cerveaux» observée dans les années 1990.

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