«Un accord commercial entre la Suisse et les Etats-Unis nous permettrait d'être mieux compris par les Américains, par exemple dans le domaine du secret des affaires.» Patrick Odier se réjouit des discussions qui se déroulent actuellement à Davos entre Joseph Deiss et le délégué au Commerce américain Robert Portman. «Si une telle coopération avait existé en 2001, nous n'aurions sûrement pas abouti à l'accord actuel avec le fisc américain», ajoute l'associé de Lombard Odier Darier Hentsch. Les nouvelles contraintes administratives, «gigantesques», rappelle-t-il, qui ont pesé sur les banques privées suisses les ont forcées à renoncer à la plupart de la clientèle américaine.

Les banques ne sont pas les seules à suivre avec intérêt les discussions menées par le chef du Département fédéral de l'économie. Daniel Vasella participait jeudi à une table ronde sur le sujet au Belvédère, le palace le plus chic de Davos. «Les négociations multilatérales comme celles à l'Organisation mondiale du commerce promettent beaucoup d'avantages, mais elles avancent lentement. C'est pourquoi les discussions bilatérales sont actuellement très importantes. Il faut espérer que les politiques feront preuve de pragmatisme», a déclaré le PDG de Novartis.

Les Américains tiennent de leur côté un discours similaire. Pour Bruce Sewell, membre de la direction d'Intel, «dès l'instant qu'une société devient mondiale, elle a tout à gagner du libre-échange». Les discussions américano-suisses vont selon lui dans le bon sens.

Michael Cherkasky dirige MMC, un groupe actif dans le courtage en assurance et le conseil en ressources humaines qui compte près de 60000 employés. Les Suisses connaissent deux de ses filiales, le courtier Marsh et le cabinet Mercer. «Un accord de libre-échange ne changerait pas notre façon de travailler. En revanche, il accroîtrait le volume d'affaires, ce qui est plus que bien venu.» L'accord n'est toutefois pas encore signé. Joseph Deiss et Robert Portman se sont revus hier. Mais l'agriculture reste le dossier qui bloque. Daniel Vasella s'impatiente: «Les paysans ont un pouvoir très supérieur à leur poids économique. Il faut trouver un moyen de leur ménager un filet de sécurité, mais ne pas perdre de vue l'objectif principal d'un tel accord.» L'agriculture emploie seulement 3% de la population et n'apporte que 1% de la valeur ajoutée totale.

Robert Portman laisse entendre qu'une solution est possible. «Il existe plusieurs façons de maintenir les paysans en activité, pour qu'ils puissent continuer à entretenir les merveilleux paysages suisses. Mais il faut lever les distorsions de marché.» Dans un entretien au Temps, Joseph Deiss reconnaît que «même si les Américains ont eux-mêmes un fort protectionnisme, les paysans suisses savent qu'ils doivent accomplir une restructuration encore importante. A ce prix seulement pourrons-nous garantir à moyen et long terme un avenir à l'agriculture.» Le conseiller fédéral affiche son optimisme. «Nous allons dans les jours qui viennent mettre au point un cadre de négociations. Compte tenu de l'important travail déjà effectué, ce ne sera pas difficile.» Il précise notamment que sur certains aspects techniques mais néanmoins symboliques, comme les importations de viande aux hormones ou de produits génétiquement modifiés, deux sujets a priori «d'opposition», des solutions peuvent être trouvées. «Les Américains ne veulent pas imposer à l'Europe des produits dont les consommateurs ne voudraient pas.»