Paul Reinhart, l'un des plus grands négociants mondiaux de coton, pourrait bien être l'une des premières victimes du retournement des cours des matières premières. Le piège s'est refermé sur l'entreprise suisse au premier trimestre de l'année. Le prix du coton a alors atteint le sommet de 92,86 cent la livre, son niveau le plus haut depuis 12 ans. Ce qui l'a obligé à engager de fortes sommes pour acheter les récoltes 2008, notamment aux Etats-Unis. Mais depuis, les prix ont brutalement dégringolé. Le ballot était coté ce mardi à 49,44 dollars.

Sacrifice

«Cette explosion historique et inattendue des prix a virtuellement dépouillé l'entreprise de toutes ses liquidités», a écrit Dale Grounds, président de la filiale américaine de Paul Reinhart pour expliquer les faibles marges offertes aux producteurs américains. Selon l'agence Bloomberg qui dévoile cette information, le groupe négocie actuellement une vente de ses activités américaines à son concurrent Allenberg Cotton Co, une filiale de groupe français Dreyfus. Contacté par Le Temps, la maison mère Paul Reinhart à Winterthour a confirmé l'information, ajoutant que «la situation américaine n'affecte pas les activités en Suisse».

La flambée du cours du coton au premier trimestre 2008 a interpellé tous les acteurs du secteur. A cet effet, le président de US Commodity Futures Trading Commission a lancé une enquête pour déterminer les causes. «Les fondamentaux du marché du coton ne justifient pas les prix atteints en mars. Pour notre part, nous devons améliorer le fonctionnement de ce marché», a-t-il déclaré à Bloomberg. «Paul Reinhart a survécu à la hausse vertigineuse des prix, mais n'a pas réussi à recouvrir les pertes, a encore écrit Dale Grounds aux producteurs de coton. Les pertes ont des conséquences négatives sur la réputation du groupe et ses relations avec son bailleur de fonds.»

Au cœur du problème, quelque 300000 ballots de coton qui seront bientôt récoltés dans l'Arkansas, le Mississippi et le Missouri, que Reinhart a prépayés à 85 cents la livre entre décembre 2007 et février 2008 alors que les cours actuels tournent autour de 50 cents.

Echec du sauvetage

Le groupe suisse, fondé en 1788 et présent dans une vingtaine de pays, a voulu sauver sa filiale américaine. Sans succès. A présent, les négociations se poursuivent avec Allenberg. Au préalable, les producteurs de coton devront faire un sacrifice en acceptant de toucher un prix inférieur que celui agréé dans le contrat de vente à Reinhart.

Les Etats-Unis constituent un marché clé pour le négociant suisse. Ils sont le 3e producteur mondial avec 3 millions de tonnes de coton pour la récolte 2008, dernière la Chine (7,7 millions) et l'Inde (5,3 millions).