Le sort de Paul Wolfowitz, président de la Banque mondiale (BM), devrait être discuté ce mercredi ou au plus tard jeudi lors d'une réunion spéciale du comité directeur de l'institution. La pression ne cesse de monter pour exiger son départ pour cause de népotisme en faveur de son amie. Mais sa défense se met aussi en place.

L'ancien numéro deux du Pentagone bénéficie d'une confiance infaillible de la Maison-Blanche. C'est précieux dans la mesure où les Etats-Unis détiennent un droit de veto sur toutes les décisions prises à la banque.

Il ne s'agit pas du seul appui. Tour à tour, plusieurs ministres africains ont pris la parole ce week-end lors de l'assemblée générale de l'institution pour vanter son engagement vis-à-vis du continent noir. Leurs déclarations élogieuses ont été exhibées en bonne place sur le site internet de la BM. Par contre, dans sa revue de presse quotidienne, le site fait l'impasse sur de nombreux articles critiques. Plusieurs grands titres européens et américains ont appelé à sa démission.

En revanche, le quotidien proche des milieux conservateurs américains, le Wall Street Journal (WSJ), semble avoir établi une ligne directe avec le président de la BM. Publiant des extraits de diverses communications internes à la banque, le journal estime que l'affaire Wolfowitz est un coup monté par les pays européens. «Ses ennemis veulent que la présidence de la BM aille à l'un des leurs», écrit le journal qui affirme être «heureux que l'administration Bush ne tombe pas dans ce putsch organisé par les médias et la bureaucratie européenne».

«Il n'y a personne qui veut la tête de Paul Wolfowitz, déclare au Temps, un membre du comité directeur de la banque. Par contre, il y a une volonté de prendre une décision rapide afin de sauvegarder la crédibilité de l'institution. Elle sera prise dans la rigueur et toutes les options seront prises en compte.»

Un canard boiteux

Selon une autre source interne à la banque, un courant pourtant hostile à Paul Wolfowitz ne souhaiterait pas son départ: «Mieux vaut un canard boiteux qu'une nouvelle personne qui serait de toute façon imposée par l'administration Bush». Selon un autre diplomate, le statu quo pose un problème important. Selon lui, de nombreux pays ne font plus confiance à l'actuel directeur et ne participeront pas au réapprovisionnement de l'Association internationale de développement (AID), le guichet de la BM qui prête aux pays pauvres à des taux préférentiels.

Lors d'une première réunion à Londres au début de l'année, ils avaient refusé d'entrer en matière en disant que Paul Wolfowitz n'avait pas de stratégie claire en matière de développement.