Le 31e Forum de Davos aura cette année servi à exprimer de nombreuses interrogations et insatisfactions. L'écart entre pays riches et pauvres doit se réduire ont souligné de nombreux participants comme le président mexicain Vicente Fox qui a rappelé que 1,2 milliard de personne dans le monde vivent avec moins de un dollar par jour. A ce titre, la rencontre entre Yasser Arafat, président de l'autorité palestinienne, et Shimon Peres, ministre israélien de la coopération, a marqué la manifestation. Ce qui devait être un discours diplomatique s'est transformé en appel à l'aide. Yasser Arafat, fatigué, a soudain pris la parole en anglais, alors qu'il s'exprimait jusqu'ici en arabe, pour dire à l'assemblée tétanisée qu'il devait se battre pour simplement trouver de quoi nourrir son peuple. Avant de conclure par l'assurance donnée de poursuivre la marche vers la paix.

Les écarts qui se creusent, notamment en terme d'accès à la technologie, doivent être comblés. Mais peu de solutions ont été avancés à Davos mis à part la mise en place d'un Plan Marshall pour l'Afrique présenté par le président sud africain Thabo Mbeki. La méconnaissance des problèmes du pays du Sud inquiète bon nombre d'observateurs. Même Bill Gates, fondateur de Microsoft et l'homme le plus riche du monde, l'a souligné lors d'une conférence. Selon lui, heureusement que le sida touche aussi les pays du Nord, sinon ces derniers ne se soucieraient sûrement pas des ravages de la maladie dans les contrées les plus pauvres. L'homme d'affaires a annoncé qu'il verserait par le biais de sa fondation 100 millions de dollars pour la recherches contre cette maladie.

Les participants auront beaucoup planché sur la question de la croissance dans le monde. Tout le monde y est allé de son pronostic sur l'état de la santé américaine alors que le président de la Réserve fédérale Alan Greenspan doit justement rendre public sa politique monétaire aujourd'hui. La croissance pourrait repartir sur dès le deuxième semestre 2001 car, comme le souligne Jacob Frenkel, président de Merrill Lynch Grande Bretagne, l'économie réagit désormais beaucoup plus vite à un changement de tendance grâce aux restructurations, aux nouvelles technologies et à la réduction des stocks dans l'industrie

L'avenir de l'OMC se joue cette année. Européens et Japonais ont profité de Davos pour annoncer qu'ils s'engageaient pour la relance d'un nouveau round de négociations commerciales. Un geste politique fort alors que l'administration Bush, absente du WEF pour des questions d'agenda, n'a pas encore donné de signe clair sur le sujet. Le temps presse : la première réunion ministérielle de l'OMC devrait se tenir au Qatar en octobre prochain et il faut d'ici là se mettre d'accord sur un agenda. De nombreux pays, d'Amérique du Sud notamment, ont souligné que le protectionnisme des Etats développés pesait lourdement sur leur économie. De leur côté, les experts tablent pour la plupart sur le fait qu'une relance de l'approche multilatérale propre à l'OMC pourrait à terme soutenir la croissance mondiale.

Responsabilité des multinationales

La responsabilité des multinationales a occupé de nombreux panels. Il y a eu les bonnes intentions affichées de patrons comme ceux de ABB, Goldman Sachs et Hewlett-Packard et l'opération de mise à l'épreuve des faits effectuée par les ONG. « Pourquoi faites vous des campagnes contre nous alors que nous arrivons à déjeuner sereinement ensemble », a dit un jour le PDG d'une firme automobile à Thilo Bode, président de Greenpeace. Ce dernier, comme il l'a rapporté mardi à Davos, lui répondu que si son organisation n'avait pas mené des actions dures contre cette compagnie, il y a fort à parier que ce patron n'aurait jamais su qui était Greenpeace. Dialoguez ou tenez-vous prêts à la confrontation, c'est en résumé le message qu'ont voulu faire passer les ONG à Davos alors que le WEF lui-même a été prié de mieux s'organiser l'année prochaine afin de permettre l'exercice du droit de manifester à son encontre.