Produire plus en touchant moins? L'idée enrage les grands pays agricoles de l'UE, furieux des nouvelles attaques lancées contre les subventions accordées à leurs paysans à l'occasion du «bilan de santé de la Politique agricole commune (PAC)», présenté hier à Strasbourg.

Dès lundi, lors du Conseil des ministres de l'Agriculture des 27 à Bruxelles, la France, le Portugal, l'Allemagne et la Roumanie avaient exprimé de «sérieuses réserves» sur le découplage entre subventions et production proposé par la Commission européenne dans ses propositions de réforme qui seront examinées les 19 et 20 juin prochains par les chefs d'Etat et de gouvernement.

Hier à Strasbourg, ce «front du refus» s'est de nouveau dessiné lorsque la commissaire à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, a présenté à l'Europarlement son plan prévoyant de limiter les subventions accordées aux grandes exploitations, en ponctionnant jusqu'à 22% de ces aides pour financer des projets environnementaux et de développement des régions rurales. La commission propose notamment une réduction des primes de 3% par an pour les exploitations recevant entre 100000 et 200000 euros par an, de 6% pour celles qui touchent entre 200000 et 300000 euros et de 9% au dessus. Une option qualifiée d'«affaiblissement inacceptable» par la fédération des agriculteurs allemands.

«Le grand défaut de ce paquet est qu'il ne respecte pas la solidarité entre Etats membres» a, à l'inverse, regretté le rapporteur de l'Europarlement, Santos Capoulas. La PAC, qui ponctionne 40% du budget communautaire, finance surtout les exploitants français et allemands. Lesquels devraient, avec les mesures proposées, voir leurs revenus productifs s'accroître grâce à l'abandon confirmé de la jachère et à «l'atterrissage en douceur» pour les quotas laitiers.

Produire plus

La Commission envisage une hausse annuelle de ces derniers de 1% de 2010/11 à 2013/14, puis leur disparition en 2015. En contrepartie, les régions vulnérables de montagne pourront être soutenues. Sans proposer de remède miracle, l'exécutif européen estime que la meilleure manière de répondre à la hausse des prix des matières premières et des denrées alimentaires est de produire plus en se débarrassant des outils interventionnistes du passé.

Un accord politique sur cette refonte de la PAC devra être obtenu entre les pays membres, la Commission et l'Europarlement d'ici la fin 2008, pour une entrée en vigueur des changements à compter de 2009.