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Ancienne ministre argentine des Affaires étrangères, Susana Malcorra ici avec Antonio Guterres va présider la 11e Conférence ministérielle de l'OMC à Buenos Aires. 
© Lucas Jackson / Reuters

Echanges

«Les pays les moins avancés attendent beaucoup de la prochaine Conférence ministérielle de l'OMC»

Ancienne ministre argentine des Affaires étrangères et ex-directrice du cabinet de Ban Ki-moon à l’ONU, Susana Malcorra préside la 11e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Buenos Aires. Elle évoque les points forts des négociations qui démarreront le 10 décembre

Le Temps: Certaines ONG se sont vu refuser l’accès à la Conférence ministérielle de l’OMC. Comment l’expliquez-vous?

Susana Malcorra: L’équipe de sécurité de la Conférence ministérielle a fait savoir que certaines personnes inscrites dans des ONG avaient explicitement fait des appels à la violence sur les réseaux sociaux, raison pour laquelle l’accès leur a été refusé. Mais au total, 213 ONG composés de 593 membres inscrits ont été accrédités, tandis que 60 personnes inscrites dans 18 ONG se sont vu refuser l’accès. Rappelons que le nombre de personnes accréditées est deux fois plus élevé que durant les quatre dernières conférences ministérielles.

La 11e Conférence ministérielle de l’OMC débutera dans quelques jours. Dans quel climat se dérouleront les négociations multilatérales?

C’est clairement une période difficile. Le commerce se trouve à un carrefour. Certains le voient comme le diable à l’origine de tous les problèmes. D’autres croient que se refermer sur soi-même est un moyen de survivre dans cette période d’incertitude. Il y a un lien entre ce que le commerce vous procure, ce que les disruptions technologiques provoquent, et il y a une confusion entre les deux. Tout cela crée une atmosphère dans laquelle certains acteurs majeurs qui sont à la base de la création de ce modèle [ndlr: l’OMC] commencent à s’en distancier. C’est ce qui rend le climat actuel compliqué. Cela dit, même les pays qui sont le plus sur la défensive reconnaissent que l’OMC est nécessaire.

L’administration Trump essaie justement de bloquer le mécanisme qui permet de résoudre les différends entre les pays, qui constitue l’un des fondements de l’OMC. Quelles sont vos attentes vis-à-vis de la délégation des Etats-Unis?

Les Etats-Unis ont en effet affiché une certaine distance vis-à-vis de l’OMC, alors même qu’ils ont été un ancrage fondamental du système dans le passé. Mais après quelques messages publics, le Bureau du représentant américain au commerce a dit sans équivoque qu’il avait besoin de l’OMC. A mon sens, les Etats-Unis reconnaissent la nécessité de l’organisation, mais veulent changer certaines choses. A Buenos Aires, nous n’allons toutefois pas discuter du système de règlement des différends. Il ne fait pas partie de l’ordre du jour.

A lire: Washington menace d’abattre un pilier central de l’OMC

La délégation des Etats-Unis sera-t-elle composée de personnalités de haut rang ou de seconds couteaux?

Si j’ai bien compris, le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer a confirmé sa présence. Il est responsable de toutes les négociations des Etats-Unis à l’OMC.

Les membres de l’OMC pourraient trouver un accord pour interdire les subventions à la pêche illégale. Comment voyez-vous les négociations sur ce dossier?

Tout d’abord, la pêche illégale a créé une situation dans laquelle nous avons perdu énormément de stocks de manière insensée. Deuxièmement, il y a un message clair de l’Agenda 2030 [ndlr: les nouveaux objectifs fixés par les membres de l’ONU en faveur du développement durable] selon lequel la pêche est primordiale pour la survie de beaucoup de populations. Troisièmement, les pays ont décidé ensemble d’être actifs pour respecter l’Agenda 2030. Tous ces facteurs combinés peuvent peut-être générer une première décision sur la pêche illégale et un processus qui sera finalisé en 2019. C’est très important, car l’Agenda 2030 définit la limite à 2020 pour résoudre cette question. C’est une question très critique pour l’ensemble de la planète. Et pour l’Argentine aussi, car nous souffrons énormément de la pêche illégale dans l’Atlantique Sud.

Malgré un grand écart entre les pays membres, des progrès concrets pourraient-ils être atteints dans le commerce électronique?

Le commerce électronique est à l’ordre du jour de l’OMC depuis 1998, mais la question est très fragmentée. En vingt ans, le commerce électronique et les nouvelles technologies ont beaucoup évolué. Sa définition est problématique. Il y a une énorme différence entre les géants du secteur et les pays les moins avancés (PMA) en particulier, qui manquent d’infrastructures de base. La question sera donc de trouver un équilibre, de mettre l’accent sur ce que peut signifier le commerce électronique pour le développement, de trouver comment réduire la fracture numérique et de définir les moyens pour orienter les investissements dans les infrastructures des PMA. Si on peut mêler tout cela, il y aura une chance de trouver un consensus.

Durant les derniers mois, vous avez eu des réunions avec les pays les moins avancés. Quelles sont leurs attentes en venant à Buenos Aires?

Ils mettent entièrement l’accent sur les opportunités de développement grâce au commerce. Il y a une attente particulière des pays les moins avancés, qui considèrent que Doha, agenda démarré quelques mois après le 11 septembre 2001, n’a pas été à la hauteur des espoirs. Il n’a pas apporté de réel développement. Pour cette raison, ils attendent beaucoup de la Conférence ministérielle de Buenos Aires. Ils espèrent pouvoir négocier des sujets qui leur sont spécifiques.

Auriez-vous des exemples concrets?

Ils veulent davantage d’espace politique, de temps pour régler certains problèmes. Ils n’ont pas les capacités ou les ressources pour y parvenir. Le développement des capacités, par exemple de l’énergie, est une question qui nécessite un chapitre spécifique pour cette catégorie de pays. Pour eux, la question n’est pas simplement de trouver un accord, mais d’obtenir les moyens de mettre en œuvre des réformes. Cela vaut autant pour l’agriculture que pour le commerce électronique.

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