Chercheuse à l'Institut universitaire d'études du développement (IUED) de l'Université de Genève, Pauline Plagnat n'est guère étonnée du constat dressé par le PNUD: «Cette tendance n'est pas nouvelle. Nous vivons dans une période de croissance distribuée de façon inégale tant entre pays qu'à l'intérieur des pays.» L'explication, selon elle, se trouve dans le modèle économique imposé par le Fonds monétaire international (FMI) aux pays pauvres. «Tout est fait pour que ces derniers augmentent leur richesse nationale, non pas pour améliorer le niveau de vie des citoyens mais pour assurer le remboursement de leur dette extérieure. C'est dans cette optique que l'Etat est poussé à privatiser les services publics et à couper dans les budgets sociaux.» Lorsque la pauvreté augmente, les institutions financières interviennent avec de nouveaux prêts. «Mais cela ne fait qu'enfoncer davantage ces pays dans le cercle vicieux de l'endettement», poursuit la chercheuse.

Une matière première dévalorisée

A court terme, Pauline Plagnat note que des pays comme le Mali ou le Niger qui sont parmi les derniers au classement mondial, ne peuvent pas faire mieux. «Au Mali, dit-elle, les revenus de 90% de la population sont liés à la culture du coton. Or, le prix de cette matière première chute sans fin. Les paysans ne peuvent plus envoyer leurs enfants à l'école à cause de la baisse de leurs revenus. Ils ne peuvent pas non plus avoir accès à la santé.»

Enfin, la chercheuse fait remarquer que le prix du coton n'est pas aussi bas par hasard: les Etats-Unis, mais aussi l'Union européenne, subventionnent leurs producteurs de coton à coups de milliards, ce qui donne lieu à la surproduction et par conséquent, à la chute des prix au grand dam des producteurs africains.