Les patrons veulent que le World economic forum (WEF) parlent plus d'économie? Ils ne sont pas encore très nombreux à être descendus dans leur hôtel que, déjà, le sondage publié ce mercredi matin par PriceWaterhouseCoopers (PWC), le 9e du genre, leur donne du grain à moudre. A la fin de l'an dernier, le cabinet de conseil a interrogé 1410 directeur généraux sur leurs projets de développement dans le monde. Surprise, alors qu'on les entendaient jusqu'ici surtout parler d'investir au Sud pour réduire les coûts, ils parlent maintenant de vouloir d'abord s'intéresser aux consommateurs de ces pays. Plus de la moitié d'entre eux disent aussi assister à la naissance de nouveaux, et sérieux, concurrents dans les pays émergents.

Samuel DiPiazza, directeur général de PWC International, s'est dit mardi soir à Davos lui-même surpris par le résultat de son sondage: «Nous assistons à une nouvelle phase de la mondialisation. Les entreprises vont dans les BRIC (ndlr: Brésil, Russie, Inde et Chine) pour trouver et servir de nouveaux clients.» Comme on pouvait s'y attendre, la Chine vient en tête des destinations les plus prisées par les patrons, suivie de l'Inde, deux pays qui figurent d'ailleurs en tête des sujets débattus cette semaine dans la station grisonne. «L'Afrique ne rentre pas dans leurs objectifs», reconnaît Samuel DiPiazza. L'échantillon de patrons interrogés présente pourtant une grande diversité: ils viennent de 45 pays, au Nord et au Sud; affichent pour près d'un quart un chiffre d'affaires supérieur à 1 milliard de dollars (1,3 milliard de francs); un sur deux est coté en Bourse.

La mondialisation change peut-être, mais le sondage révèle plutôt une régionalisation croissante. «Les projets d'investissement dans les BRICs semblent être influencés par un effet «de voisinage»», peut-on noter dans le rapport. Le développement de la Russie est par exemple davantage tourné vers l'Europe que les Etats-Unis, complète Samuel DiPiazza.

Reste que faire du commerce avec les BRICs n'est, selon les sondés, pas de tout repos. Pour les patrons du Nord, les obstacles au libre-échange grandissent. Ceux du Sud se plaignent de la corruption et de l'instabilité politique.

Enfin, les dirigeants d'entreprises doivent faire avec un autre facteur qu'ils ne maîtrisent pas, les changes. Mais, autre surprise, indique Samuel DiPiazza, «ils sont cette année beaucoup moins préoccupés que l'an dernier par le déficit extérieur américain», dont le creusement fait pourtant craindre le pire, à terme, pour le dollar.