Portés aux nues par les investisseurs au cours des années 2000, les pays émergents sont aujourd’hui dans l’œil du cyclone. Résurgence du risque politique, baisse des prix des matières premières et craintes de tarissement des sources de financement dans un contexte de politique monétaire américaine progressivement moins accommodante viennent ternir des perspectives économiques et financières qu’envieraient pourtant la plupart des pays développés. La décennie 90 a été celle des nouvelles technologies jusqu’à l’éclatement de la bulle dite «dotcom» au début des années 2000. La décennie passée a été celle des pays émergents. Les années 2010 verront-elles leur déclin?

Durant les années 2000, les pays émergents ont connu une forte embellie économique, notamment sous l’impulsion de la Chine, dont la croissance moyenne entre 2004 et 2011 a atteint 10,8%. Ce dynamisme chinois a contribué à une forte hausse des matières premières, bénéfique aux pays émergents, souvent exportateurs de pétrole, de minerais et de matières premières agricoles. Les déficits courants et budgétaires chroniques des années 80-90 se sont transformés en excédents, les réserves en devises se sont accumulées et les niveaux d’endettement se sont fortement réduits. L’amélioration de la santé économique des pays émergents s’est traduite par une baisse de leur prime de risque sur les marchés obligataires et une appréciation de leurs monnaies. Le cercle vertueux était enclenché.

Avec la crise des économies développées, la Chine se voit forcée d’amorcer une transition vers un modèle de croissance plus qualitatif, tourné vers la consommation domestique. Le Brésil, l’Indonésie ou l’Afrique du Sud n’ont d’autre choix que de revoir leurs modèles économiques, trop dépendants des revenus des matières premières. Au contexte de ralentissement économique, s’ajoute une instabilité sociale croissante qui présente un sérieux risque de déstabilisation politique… à un moment où les ressources financières sont justement moins abondantes. Les pays émergents ont-ils trahi une confiance si durement acquise ou traversent-ils tout simplement un ralentissement conjoncturel?

Les pays émergents bénéficient d’atouts enviables par nombre de pays développés. Leurs démographies constituent un formidable moteur de croissance domestique pour l’avenir. Leurs gouvernements disposent d’une large flexibilité financière et les consommateurs sont encore très faiblement endettés, ce qui permettra de relever les défis économiques résultant de la crise des pays développés. Gare à l’investisseur qui sous-estime leur capacité à rebondir d’une crise exogène et à reprendre les rênes de l’économie mondiale.

* Responsable des marchés émergents, HSBC Private Bank (Suisse) SA