Votre dernier téléphone portable? Un Samsung. Votre nouveau réfrigérateur connecté à Internet? Un LG. Votre prochaine voiture? Un 4x4 Hyundai. Vous l'ignoriez peut-être, mais vous pourriez aujourd'hui difficilement vous passer des produits sud-coréens.

En quelques décennies, la Corée du Sud, 48 millions d'habitants, s'est taillé une part de premier choix dans plusieurs secteurs majeurs. Samsung est devenu le numéro 2 mondial des fabricants de téléphones portables, derrière Nokia et devant Motorola. LG figure parmi les leaders mondiaux du lave-linge, du réfrigérateur américain, du climatiseur ou encore des écrans plats. Le pays se place par ailleurs en tête des constructeurs de pétroliers, devant le Japon, et se distingue aussi dans la recherche médicale.

Cette réussite traduit le décollage fulgurant, axé sur les exportations, de ce tigre asiatique. En 1970, le produit intérieur brut (PIB) par habitant ne représentait que 20% de la moyenne des pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Il en approche aujourd'hui les 70%. Fanas de téléphones mobiles, les Sud-Coréens disposent aussi d'un des meilleurs niveaux d'accès haut débit à Internet. Plus de 95% des internautes peuvent surfer à grande vitesse, contre encore moins d'un sur deux en Suisse. Au printemps dernier, l'inauguration de la ligne TGV entre Séoul et Pusan a renforcé l'éclat de la vitrine technologique sud-coréenne.

Touché de plein fouet par la crise de 1997, le pays a renoué avec une forte croissance dès 1999. Le design des produits made in Korea fait aujourd'hui fureur. Les Chaebols, désireux d'offrir des produits à haute valeur ajoutée, n'hésitent pas à sortir de leurs frontières pour installer des centres de recherche et développement près de leurs clients. En décembre dernier, LG a ainsi ouvert un tel centre en banlieue parisienne. De son côté, Samsung est bien installé aux Etats-Unis depuis plusieurs années.

Le dynamisme de la Corée du Sud semble pourtant marquer le pas. Cette année se présente comme celle des plus grands défis depuis la crise financière, écrit la banque américaine Morgan Stanley dans un rapport de décembre. Elle table sur une croissance de seulement 3,8% en 2005, contre près de 4,5% en 2004. L'OCDE s'interroge aussi sur la fin de la transition de la Corée vers le niveau des pays à haut revenu. L'appréciation du won face au dollar, plus de 10% en un an, menace les exportations, qui pèsent pour près de 40% du PIB. Cette force de la devise sud-coréenne n'a pas non plus calmé les tensions inflationnistes qui se font jour.

La Chine, son premier client, comptera aussi beaucoup cette année. Une croissance chinoise de 7,8% en 2005, contre 9,3% en 2004, comme Morgan Stanley l'anticipe, pourrait coûter à la Corée la moitié de ses exportations totales. La faiblesse de la demande intérieure – la bulle du crédit à la consommation des années 2001-2002 n'étant pas encore digérée – inquiète aussi Morgan Stanley. La baisse du taux de natalité a par ailleurs poussé le gouvernement à prendre des mesures en faveur des congés maternité et de crèches.

La Corée connaît en outre un climat social agité. En 2003, Nestlé Korea a par exemple connu une grève de cinq mois. Les employés réclamaient une hausse de salaire et un accompagnement des licenciements. Le président sud-coréen doit affronter l'opinion publique. Les critiques reprochent à Roh Moo-hyun de mener une politique surtout redistributive et de négliger le soutien à la conjoncture.

«Il est normal que la croissance ralentisse», tempère Pauline Plagnat, de l'Institut universitaire d'études du développement (IUED) à Genève. «Si elle reste culturellement très fermée, la Corée est devenue parfaitement développée sur le plan économique. Elle ne se porte pas plus mal que la plupart des pays de l'OCDE», complète la chercheuse. Le pays poursuit son apprentissage de la démocratie, commencé il y a tout juste une quinzaine d'années. «Les partenaires sociaux apprennent à négocier», analyse-t-elle.

Mais le pays ne reste pas sans rien faire pour soutenir la croissance. En novembre dernier, la banque centrale est intervenue. Elle a réduit son taux d'intérêt directeur à 3,25% et pourrait à nouveau le baisser cette année. Le gouvernement semble lui aussi vouloir relancer la machine. Il a récemment réduit certains impôts. La Corée du Sud se doit d'avoir une économie forte, avertit Pauline Plagnat. Si son voisin du Nord venait à s'effondrer, ce qu'on ne peut exclure, «elle ne pourrait actuellement pas supporter l'arrivée de tous les Nord-Coréens».

Pour l'instant, les exportations restent soutenues. En 2004, elles ont progressé de 31% par rapport à l'année précédente. Les investissements directs étrangers ont doublé, ce qui représente la première hausse depuis cinq ans. Selon Morgan Stanley, les actions demeurent parmi les plus intéressantes de la région, et présentent un potentiel de hausse de 24%.