Presque toutes les banques suisses ont renouvelé leur plate-forme informatique ou sont en train de le faire. Les systèmes développés en interne sont peu à peu remplacés par des solutions standards du marché, afin de réduire les coûts et bénéficier de développements mutualisés.

Depuis quelques années déjà, une vague de fond balaie les anciens systèmes informatiques conçus vers la fin du siècle dernier. Deux raisons principales justifient cette évolution:

1. Le marché bancaire est devenu plus sophistiqué et exige des fonctionnalités plus complexes. Alors que les anciens systèmes s'orientaient vers l'automatisation des volumes de transactions comme les paiements et les titres, il faut maintenant que ces mêmes systèmes permettent des fonctionnalités transversales, comme la vue d'ensemble d'un client, une vue intégrée des risques, ainsi que la possibilité de suivre un client à travers plusieurs canaux de distribution (filiales, call-centers, online banking), tout cela - si possible - en temps réel. Les anciens systèmes sont trop lourds et trop peu flexibles pour répondre à ces multiples exigences.

2. Les coûts de maintenance et de développement ne cessent d'augmenter, ce qui rend tout effort de renouvellement des anciens systèmes très onéreux, surtout pour des instituts bancaires de taille moyenne, qui ne sont plus en mesure de développer eux-mêmes des solutions «cousues main».

Ainsi, ces dernières années, les deux grandes banques suisses et la Banque cantonale de Zurich (ZKB) ont consenti des investissements majeurs pour renouveler et moderniser leur plate-forme informatique et ont en partie intégré dans leur approche des modules et des logiciels tiers (SAP, Siebel).

Les établissements plus petits ont simplement décidé d'acheter et d'implémenter des solutions «prêt à porter», qui ont l'avantage de couvrir une majorité des fonctionnalités requises par une banque «standard» moderne. Les banques privées comme Pictet, Sarasin, LGT, et dans le futur BSI/Banca del Gottardo, se sont plutôt orientées vers la solution d'un logiciel appelé Avaloq (qui tire son origine du système informatique de la BZ Bank de Martin Ebner), alors que les plus petites banques de détail se sont orientées vers une solution nommée Finnova (conjointement développée à l'origine par trois petites banques cantonales).

Stratégiquement, l'émergence de ces plates-formes modifie la structure implicite du monde bancaire suisse. L'ancien groupement des banques cantonales AGI a éclaté: ses membres de taille moyenne ont choisi Avaloq (p. ex. Saint-Gall et Lucerne) et les plus petits Finnova. En Suisse romande, l'alliance informatique autour d'Osiris et d'Unicible est elle aussi en cours de dissolution, la BCV ayant annoncé vouloir rejoindre la plate-forme de la ZKB, et les banques cantonales du Valais et de Neuchâtel ayant adopté Finnova.

Un autre groupement informatique autour de RTC et de la Banque cantonale de Berne semble aussi se désagréger peu à peu. Plusieurs banques régionales ont quitté RTC pour adopter la plate-forme Finnova. Plus récemment, la banque Migros a aussi annoncé son départ de RTC.

Tous ces mouvements impliquent que les petites banques régionales et cantonales se retrouvent avec une solution similaire, alors que les banques privées et les banques cantonales de taille moyenne ainsi que le groupe Raiffeisen se regroupent autour d'Avaloq, faisant fi des structures associatives classiques (p. ex. l'Union des banques cantonales suisses). Sur le marché, seules les grandes banques et potentiellement la ZKB et son alliée la BCV semblent pouvoir s'offrir des plates-formes plus sophistiquées.

La grande question qui se posera peut-être dans un futur pas trop lointain est de savoir si les nouveaux ensembles créés autour de certaines solutions informatiques évolueront vers des alliances plus rapprochées: mêmes produits, mêmes processus, le tout sur des systèmes similaires. En particulier, un regroupement des «back-offices» (les services s'occupant des paiements, des titres, des hypothèques) pourrait être envisagé, comme c'est en partie le cas en Allemagne. Des sociétés tierces de services, regroupant des services d'informatique et de back-office, pourraient émerger et faire encore évoluer le marché. Certains groupements existent déjà, comme Sourcag ou B-Source, mais ils sont de taille modeste et pas encore sur les bonnes plates-formes. La Suisse est cependant loin de certaines évolutions observées dans d'autres marchés, où l'informatique et les opérations sont déjà externalisées vers des sociétés tierces de service à hauteur de 50 à 70%. Le futur nous dira si le prêt-à-porter informatique mènera à une telle évolution.