Ils sont tous d'accord: les trois partis qui tentent de former un nouveau gouvernement, les syndicats et le patronat. L'objet du consensus? La privatisation du système d'indemnités chômage (WW) et d'indemnités pour incapacité de travail (WAO), qui concerne quelques 800 000 salariés, dans un pays où le taux de chômage est de 4.6%! Depuis plusieurs semaines, les sociaux-démocrates, les libéraux de droite et les réformateurs discutent ferme pour réformer la «coalition violette» plébiscitée par les électeurs en mai dernier, et la privatisation de la sécurité sociale constitue l'un des gros morceaux de la «plate-forme gouvernementale» qu'ils écrivent à force de compromis.

Assureurs en concurrence

Selon le futur gouvernement, le paiement des indemnités, mais aussi l'aide à la recherche d'un emploi devraient être laissés à des sociétés privées. Les objectifs sont multiples: accroître les contrôles et le retour au travail, et diminuer les cotisations sociales employeurs et employés. L'application des lois sociales par des entreprises privées doit en effet faire baisser les coûts, affirment les partisans de la réforme, en avançant l'argument que mettre en concurrence des assureurs sera plus efficace et donc meilleur marché que l'ancien système. Un système dans lequel les anciennes associations sectorielles disposent en fait d'une sorte de clientèle captive. En outre, les compagnies privées feront de leur mieux pour remettre au travail les inaptes, ce qui devrait faire baisser les cotisations sociales. Ce qui serait déjà considéré dans la plupart des pays européens comme une véritable révolution, est en fait jugé trop timide par les partenaires sociaux. Les représentants des syndicats et des employeurs ont travaillé sur un projet plus radical que celui du gouvernement, qui aboutit à la privatisation totale du système. Cet accord diffère du projet gouvernemental sur un point important: pour ce dernier, le rôle de contrôle dans le cadre de la WAO et dans celui de la WW devrait être du ressort d'un organisme public. Le patronat s'y opposait, arguant qu'une telle construction reviendrait à une privatisation incomplète et trop compliquée à mettre en œuvre.

Unanimité suspecte?

Même avis au CTSV, l'organe de surveillance des assurances sociales des travailleurs, qui prévoyait une énorme bureaucratie en cas d'application des projets gouvernementaux. Du coup, les syndicats ont rejoint le camp du patronat. D'après le président de la centrale syndicale FNV, Lodewijk De Waal, l'accord intervenu avec le patronat offre suffisamment de protection aux salariés. De Waal insiste sur le fait qu'il n'entraîne aucune conséquence pour le montant et la durée des indemnités. «C'est un tournant: nous ne sommes pas en train de démolir, mais de construire dans le domaine de la sécurité sociale», affirme le syndicaliste. De son côté, le président de l'association patronale VNO/NCW, Hans Blankert, s'est empressé d'appeler la classe politique à ne pas «récompenser par des atermoiements la diligence des partenaires sociaux qui «créent les conditions d'une modernisation responsable de la sécurité social». Ce concept a été étudié par le Conseil économique et social qui envisage de l'adopter à l'unanimité. Le quotidien De Volkskrant qui publie l'information, s'étonne toutefois de cette entente générale sur un sujet aussi délicat: «Non seulement les représentants des syndicats et des patrons, mais aussi les membres indépendants du Conseil souhaitent adopter le texte.» Or, ces individus ont des couleurs politiques pour le moins hétérogènes: un membre influent du PvdA social-démocrate, un ancien ministre libéral, l'ex-président du Conseil de Ia Sécurité sociale, etc. Il est encore prématuré de dire quand et à quoi ressemblera le système des indemnités au titre de la WW et de la WAO. Mais, à moins d'une volte-face inattendue, le consensus qui règne aux Pays-Bas ne laisse que peu d'incertitude sur le fond: à terme, la protection sociale sera bel et bien privatisée.