Ces derniers jours, tous les investisseurs opérant en Russie ont les yeux rivés sur le bras de fer opposant BP aux oligarques partageant le capital de sa «co-filiale» TNK-BP. Dimanche, le Sunday Telegraph indiquait que le groupe pétrolier britannique avait bloqué le versement des dividendes de la société russe. Nouveau coup de théâtre, lundi matin, avec l'annonce par les autorités russes que Robert Dudley, le PDG de TNK, n'était pas autorisé à travailler en Russie. Dans l'après-midi la situation se détendait, avec un démenti du Service de l'immigration annoncé par l'AFP.

Cette confusion laisserait-elle présager un nouveau coup de force de Moscou, afin de reprendre le contrôle de son troisième producteur pétrolier? «A mon sens, c'est un désaccord commercial, non un événement politique laissant craindre une spoliation», recadre Pascal Mengès, expert du secteur pétrolier au sein de la banque LODH à Genève. Les actionnaires russes reprochent à BP de bloquer l'expansion du groupe hors de Russie - où la taxation marginale des ventes de barils atteint 90%. Autre grief, le nombre d'expatriés de BP ayant investi la société, accusés d'être trop coûteux et soupçonnés de former un système parallèle de prise de décision.

13% des profits nets

A première vue, le bras de fer semble de mauvais augure pour BP. Sa «filiale» russe lui amène le quart de sa production pétrolière et contrôle le cinquième de ses réserves! «En termes financiers TNK n'est cependant pas aussi importante qu'elle n'y paraît, ne contribuant qu'à 13% des profits nets», tempère Pascal Mengès. Sans compter que pour BP cette aventure russe s'étant d'ores et déjà avérée très profitable. «Lors de la formation de la coentreprise, BP a amené 8 milliards de dollars sous forme d'actifs ou en cash, mais en a depuis récupéré 9 milliards sous forme de dividendes... et sa participation vaut encore entre 15 et 20 milliards», décrypte l'analyste.