Il devenait urgent pour le PDG de Volvo d'agir. Aux yeux des Suédois, Leif Johansson est déjà celui qui a osé vendre la division voitures de Volvo à un concurrent étranger, Ford. Après les événements des dernières semaines, il risquait d'être immortalisé comme un véritable «loser», incapable d'assurer un avenir digne de ce nom aux poids lourds de Volvo.

En mars, la firme de Göteborg avait échoué dans son plan de rachat de Scania, l'autre constructeur suédois de poids lourds. Le refus de la Commission européenne d'avaliser cette opération, pour situation quasi-monopolistique en Europe du Nord, plongea Volvo dans un profond embarras. Peu après, Volkswagen faisait son entrée dans le capital de Scania, à hauteur de 34% des droits de vote, devenant ainsi son actionnaire principal devant Volvo, relégué au rang de simple spectateur.

La pression était donc lourde sur les épaules de Leif Johansson, arrivé en 1997 à la tête du groupe après quatorze ans passés chez Electrolux, le leader mondial de l'électroménager. En présentant mardi l'affaire conclue avec Renault, ce dirigeant de 49 ans, pas mécontent du coup qu'il venait de réaliser, arborait un léger sourire aux lèvres. Non seulement l'opération a reçu l'approbation des experts automobiles pour sa logique industrielle, mais elle semble ne pas devoir provoquer un tollé similaire à celui qui, il y a six ans, avait fait capoter l'alliance entre les deux entreprises.

L'Association des petits actionnaires suédois, qui avait participé à la rébellion de 1993, voit aujourd'hui les nouvelles fiançailles d'un œil différent. «Cette affaire a des points positifs, elle coûtera en tout cas moins cher à Volvo que n'aurait coûté le rachat de Scania», estime son président, Lars-Erik Faarsgaard. Réunis aujourd'hui en assemblée générale, les actionnaires de Volvo devraient, en principe, approuver la proposition de la direction de procéder à un rachat d'actions pour financer l'acquisition de Renault Véhicules Industriels (RVI).

Le pragmatisme des Suédois

Côté syndicat, le son de cloche est aussi favorable. «Cette affaire est bonne à long terme, parce qu'on bâtit une entreprise globale, qui aura les moyens de concurrencer ses principaux rivaux», note Ole Ludvigsson, un responsable syndical dans l'usine de Göteborg. «En terme d'emploi, ajoute-t-il, on peut même espérer, tant chez Renault que chez Volvo, une hausse des embauches grâce au gain de compétitivité attendu.»

L'accueil globalement positif réservé dans le royaume à la coopération entre les deux constructeurs s'explique d'abord par le pragmatisme des Suédois. Ils sont dans leur majorité concients de la nécessité pour Volvo de trouver un partenaire sur un marché toujours plus concentré. D'autre part, la Suède s'est ouverte ces dernières années aux capitaux étrangers. Son adhésion à l'Union européenne, en 1995, a incité ses firmes à se rapprocher d'entreprises du continent. Enfin, Renault fait moins peur. L'influence de l'Etat français dans la firme au losange a diminué, ce qui rassure les Suédois. Même si subsistent, en pointillé, les craintes d'une absorption pure et simple de Volvo par son ancien-nouveau partenaire.