Une exposition inhabituelle de photos des fonds marins anime le siège de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis lundi. Photographe et journaliste, la Française Claire Nouvian a sillonné les abysses et témoigne d'un univers inconnu, fascinant et menacé.

Cette exposition n'est pas là par hasard. Elle coïncide avec les négociations qui ont lieu cette semaine à l'OMC, sur les subventions accordées à l'industrie mondiale de la pêche. Un consensus s'annonce d'ores et déjà difficile. D'une part, trois grands pays - Inde, Chine et Indonésie - demandent la possibilité de maintenir certains soutiens. D'autre part, la France vient d'annoncer une aide à ses pêcheurs, qui grognent contre l'explosion du prix du gazole.

Les pêcheurs français sont en grève depuis une semaine. Le mouvement va en s'amplifiant malgré l'annonce d'une enveloppe de 110 millions d'euros. Insuffisant, disent les manifestants.

Mais voilà, après avoir dénoncé l'aide française comme de la concurrence déloyale, des pêcheurs portugais, espagnols et italiens sont descendus lundi dans la rue pour réclamer eux aussi une aide publique.

Pour jeter de l'huile sur le feu, le ministre français de l'Agriculture et de la Pêche, Michel Barnier, a demandé lundi que la Commission européenne relève les limites fixées aux aides versées à la profession. «Si l'on constate que le prix du gazole compromet l'existence de la pêche européenne, ne faudrait-il pas poser la question du plafond de ces aides? C'est la question que je pose, sachant que la politique de la pêche n'est pas figée pour l'éternité et doit tenir compte du contexte», a-t-il déclaré.

Subventions colossales

C'est justement la question des subventions qui est au cœur des négociations à l'OMC. La Déclaration ministérielle qui a lancé le Cycle de Doha demande aux pays membres de «clarifier et améliorer les disciplines concernant les subventions à la pêche, en tenant compte de l'importance de ce secteur pour les pays en développement».

La Chine, l'Inde et l'Indonésie s'appuient sur cette déclaration et demandent de pouvoir maintenir les subventions pour les bateaux de pêche mesurant jusqu'à 74 pieds. Leur demande a déclenché un tollé auprès de nombreux membres, dont les Etats-Unis, l'UE, le Canada, la Norvège, le Chili et le Mexique. «Accepter une telle proposition équivaudrait à leur donner un chèque en blanc pour exploiter les stocks halieutiques de l'ensemble de la planète», s'est insurgé un diplomate américain.

Ce débat intéresse aussi les organisations non gouvernementales actives dans le domaine de la protection de la nature et de la biodiversité. Courtney Sakai, porte-parole d'Oceana (Etats-Unis), affirme que les subventions globales à la pêche s'élèvent entre 30 et 34 milliards de dollars. «Cette manne sert à augmenter la capacité de pêche qui, à son tour, conduit à la surpêche et à la destruction des océans, dit-elle. Cette capacité est aujourd'hui trois fois supérieure aux besoins actuels.» Selon elle, les subventions représentent 25% de la valeur des produits de pêche mondiaux estimés entre 80 et 100 milliards de dollars par an.

Conséquences de la surpêche

Les conséquences de la surpêche se font déjà sentir. Il n'y a plus que 17% de zones de pêche qui peuvent encore se développer. Dans d'autres, notamment dans l'océan Indien (ouest) et dans l'Atlantique (nord-est, centre-est et centre-ouest), il n'y a plus de poisson. «La situation est grave dans la mesure où il s'agit de la principale source de protéine pour un milliard de personnes», explique Courtney Sakai.