La bataille fait rage dans le secteur de l'aluminium. Le français Pechiney, sous le coup d'une offre publique d'achat (OPA) du canadien Alcan, a décidé de renforcer son équipe de banques conseil pour se défendre. Il vient d'engager, outre les banques Rothschild & Cie et BNP Paribas SA (qui détient 2% des droits de votes de Pechiney, soit le cinquième plus important actionnaire du groupe), deux autres établissements: Goldman, Sachs & Co et JP Morgan Chase & Co. Ils sont chargés de trouver une alternative à cette offre considérée par Pechiney comme hostile.

Le prix proposé de 3,4 milliards d'euros, soit 41 euros par action, est trop bas pour que les actionnaires de Pechiney succombent aux charmes du Canadien. «L'offre est insuffisante par rapport à celle de l'an 2000, explique un analyste, qui rappelle que c'est la deuxième fois qu'Alcan veut s'emparer de Pechiney.» Jacques Bougie, le prédécesseur de Travis Engen, directeur général d'Alcan, avait refusé de se séparer d'un certain nombre d'usines pour être compatible avec les exigences des autorités de la concurrence. A l'époque, la fusion à trois (Alcan, Pechiney, Algroup) s'élevait à 9,2 milliards de dollars. Alcan avait finalement acquis Algroup (ex-Alusuisse), Pechiney faisant cavalier seul.

Négociations réanimées

Parmi les possibilités permettant d'échapper à l'emprise d'Alcan, par ailleurs conseillé par les banques d'investissement Morgan Stanley et Lazard, Pechiney réactive des négociations avec le groupe métallurgique anglo-néerlandais Corus. Le français a des droits de préemption jusqu'au mois d'octobre pour trouver un accord avec le deuxième sidérurgiste européen.

En mars dernier, Corus a été obligé de dénoncer un accord conclu avec Pechiney s'élevant à 750 millions d'euros pour la vente de ses activités aluminium. Les salariés et les administrateurs néerlandais s'étaient en effet opposés à la cession de cette activité héritée de l'ex-Hoogovens. Selon le Wall Street Journal, Pechiney ravive cette négociation pour rendre plus compliquée la tâche d'Alcan de convaincre les autorités de la concurrence du bien-fondé de son OPA.

Outre Corus, le nom du norvégien Norsk Hydro a aussi été évoqué à plusieurs reprises comme partenaire potentiel pour Pechiney. Mais ce dernier est en train d'intégrer l'unité aluminium VAW, rachetée l'an dernier à l'allemand E.ON. D'après plusieurs experts, un mariage entre Pechiney et Norsk Hydro donnerait une position dominante à cette nouvelle entité dans plusieurs divisions, qui n'obtiendrait alors pas le feu vert des autorités de la concurrence. «Les rumeurs se propagent, c'est de bonne guerre, explique un analyste. Le prix de l'action de Pechiney risque de prendre l'ascenseur, obligeant Alcan à augmenter son offre, ce que le groupe refuse de faire pour le moment.» Depuis le 7 juillet, date de l'OPA d'Alcan sur Pechiney, le prix de l'action du groupe français n'a cessé de grimper.

Pour l'heure, les principaux concurrents que sont Alcoa, Anglo American, Rio Tinto Group ou BHP Billiton ne se sont pas positionnés en chevalier blanc en faisant une contre-proposition à Pechiney. «Pour eux, les synergies sont moins intéressantes qu'avec Alcan», estime un analyste.

Le monde de l'aluminium est donc en ébullition. Ce d'autant que la Chine est devenue un gros exportateur, alors qu'il n'y a encore pas si longtemps le pays était un important importateur. Du coup, le marché n'arrive pas à absorber cette surcapacité, les prix se sont effondrés. Toutefois, si la Chine a perturbé l'industrie de l'aluminium, «le pays doit importer de l'alumine d'Australie et risque de manquer d'électricité, indispensable pour la production d'aluminium. Cela ne devrait pas déstabiliser davantage le marché», prédisent les experts. Les prix devraient en principe remonter et apaiser les esprits, sans assister à un regroupement massif des gros acteurs du secteur.