La presse devient un champ de bataille pour Alcan. Le canadien, qui a lancé le 7 juillet une offre publique d'achat (OPA) hostile sur Pechiney à 41 euros l'action, inonde les quotidiens français de pleines pages de publicité. En substance, Alcan explique qui il est et quel est l'intérêt de cette vaste opération. «La campagne a débuté le surlendemain de l'annonce de l'OPA, explique Charles de Beistegui, consultant Senior chez Publicis Consultant. Elle se décline en trois étapes: la première: à dire qui est Alcan; la seconde, actuellement en cours souligne qu'Alcan est un groupe québécois, donc francophone, et surtout pourquoi ce projet est industriellement intéressant.» L'agence a voulu démentir le sentiment qu'Alcan «se paie un fleuron de l'industrie française». Pour l'heure, seul le budget de la première campagne, 1,5 million d'euros est public. «Nous ne sommes pas autorisés à dévoiler, pour le moment, le montant de la deuxième». Quant à la troisième étape de cette communication destinée au public, aux salariés et aux actionnaires de Pechiney, elle ne commencera que lorsque Alcan aura reçu le feu vert des services de la concurrence de la Commission européenne pour mener à bien son OPA.

De son côté, le PDG de Pechiney, Jean-Pierre Rodier, multiplie les contacts directs avec les actionnaires du groupe. Depuis lundi soir, il se trouve aux Etats-Unis après être passé par Londres. Il y rencontre les investisseurs institutionnels nord-américains, qui détiennent 40% des actions du groupe français, pour les convaincre de ne pas céder à l'offre d'Alcan. «Pour le moment, nous n'avons pas choisi l'outil publicitaire pour communiquer, explique Jean-Claude Nicolas, directeur de la communication chez Pechiney. Nous le ferons en temps voulu si d'éventuels contre-projets se concrétisent.»

En attendant, la publication des résultats trimestriels tourne aussi à une joute sportive. Pechiney avait annoncé des résultats trimestriels provisoires au moment où Alcan dévoilait les siens, le 22 juillet, en annonçant une perte nette de 89 millions de dollars. Hier, c'était au tour de Pechiney de publier, cette fois-ci, ses résultats officiels du premier semestre 2003. Le groupe a particulièrement souffert de la baisse du dollar par rapport à l'euro, du ralentissement de l'activité mondiale dans les secteurs aéronautique et automobile. Il a affiché une baisse de 77% de son résultat net au premier semestre 2003 à 11 millions d'euros contre 46 millions au premier semestre 2002. Cette chute devrait être de courte durée. Dans son communiqué, le groupe note que «la baisse du dollar semble avoir été enrayée, les cours de l'aluminium ont montré une bonne résistance à un niveau d'environ 1400 dollars […] et en tant que fournisseur principal de l'A380, le groupe devrait profiter d'une augmentation de la cadence de production».

Ces résultats en demi-teinte ne diminuent pas les efforts d'Alcan pour mettre la main sur Pechiney. Le canadien s'est refusé à augmenter son offre qu'il juge «équitable» alors que le PDG du groupe français, privatisé en 1995, a parlé de «rapt» dans un entretien accordé au Figaro. La publication du prochain épisode de ce feuilleton de l'été n'a pas encore été communiquée…