«Personne n’est prêt à devenir entrepreneur»

Informatique Pedro Bados a cofondé Nexthink pour commercialiser les technologies découvertes durant son passage à l’EPFL

Il a presque éliminé toute hiérarchie parmi ses 140 employés

Pedro Bados, 35 ans, n’avait pas pour mission de devenir un jour indépendant et de créer sa propre entreprise. Pourtant, le jeune homme est à la tête d’une société de logiciels florissante de 140 personnes qui va lever prochainement plusieurs dizaines de millions de francs en vue d’une entrée au Nasdaq.

Enfant, Pedro Bados ne rêvait pas de conquérir les marchés. Il pensait informatique et intelligence artificielle. «A 8 ans, j’ai écrit une lettre au Père Noël pour lui demander un ordinateur», se souvient-il. Ses parents, tous deux médecins dans le nord de l’Espagne, lui offrent son premier Spectrum. Très vite, il s’initie à la programmation et effectue ses premières parties de tennis virtuelles. «Je trouvais cela magique. J’ai toujours voulu comprendre ce qu’il y avait à l’intérieur de la machine.»

C’est donc tout naturellement que Pedro Bados se tourne vers des études d’ingénieur en télécommunication à Saragosse en Espagne pour rejoindre par la suite le Laboratoire d’intelligence artificielle de l’EPFL. Son objectif consistait à poursuivre sa formation au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Pourtant, par un concours de circonstances, il restera à Lausanne. L’EPFL avait en effet décidé de déposer des brevets sur la technologie qu’il avait développée. «J’avais le choix entre exploiter moi-même le brevet ou accepter que quelqu’un d’autre le fasse», explique-t-il. A l’âge de 25 ans, il décide de se lancer dans une aventure entrepreneuriale afin de matérialiser ses recherches, à savoir des logiciels qui permettent aux départements IT d’analyser et optimiser l’utilisation des postes de travail ou des messageries électroniques. Il s’entoure de Vincent Bieri et Patrick Hertzog et trouve ses premiers fonds pour fonder Nexthink.

«Personne n’est prêt à devenir entrepreneur. J’apprends continuellement, souvent en me trompant, avoue-t-il. Je prends en compte les conseils de ceux qui m’entourent ainsi que de quelques mentors, à l’exemple d’Alain Nicod (directeur d’un fonds de capital-risque et cofondateur de LeShop). A la fin je fais la synthèse mais surtout j’écoute aussi ma voix intérieure.»

Chapeauter à seulement 35 ans une entreprise en pleine croissance (+58% en 2014) n’est de loin pas un handicap pour Pedro Bados. En revanche, l’une de ses principales difficultés est celle de trouver des ingénieurs avec des compétences dans le développement de logiciels et cinq à dix ans d’expérience chez un éditeur. Nexthink cherche actuellement à engager 65 ingénieurs, dont une trentaine à Lausanne, pour compléter son équipe. «C’est très compliqué d’en trouver car il y a peu de sociétés technologiques dans la région. Et nous ne voulons pas engager uniquement des juniors qui sortent de l’EPFL», explique le directeur de la PME qui compte 550 clients et des bureaux aux Etats-Unis. En revanche, pas question pour Pedro Bados de délocaliser Nexthink. «Je veux créer un pool de compétence ici en Suisse basé sur une qualité de pointe. Je veux démontrer au monde de l’IT qu’il est possible de créer les meilleures technologies en Europe et qu’il n’est pas question d’externaliser ailleurs pour des questions de coûts.»

L’autre défi de Pedro Bados, c’est d’insuffler continuellement de l’énergie à ses collaborateurs. «Il faut être très motivant et leur transmettre l’idée d’aller toujours plus loin», analyse-t-il. Plus proche du coach sportif que du patron, il considère sa position hiérarchique avec beaucoup d’humilité. «Le directeur est un coordinateur qui porte une mission et tranche, mais le projet doit être porté par tous.» En effet, la hiérarchie est quasi inexistante chez Nexthink. Le directeur de la société réserve d’ailleurs lui-même ses hôtels ou ses billets d’avion. Il ne voit d’ailleurs pas l’utilité d’avoir une assistante.

Pedro Bados a goûté aux joies de l’indépendance. Un jour, il deviendra peut-être employé. «Ce n’est absolument pas un problème. Ce qui compte c’est de m’amuser et travailler pour un projet qui m’intéresse», dit-il avec conviction.

«Le directeur est un coordinateur qui porte une mission et tranche, mais le projet doit être porté par tous»