UBS reste impassible. Un tribunal néerlandais a ordonné mercredi des poursuites pour blanchiment contre son nouveau patron, mais la banque, qui prend note de la décision, affiche toujours sa «pleine confiance dans la capacité de Ralph Hamers à [la] diriger». Une décision qui intervient alors que le Néerlandais vient reprendre le flambeau de Sergio Ermotti en novembre.

Lire aussi: UBS mise sur un pionnier du numérique pour remplacer Sergio Ermotti

L’affaire remonte aux années 2010-2016 et semblait avoir été réglée en 2018, alors que Ralph Hamers dirigeait ING. La banque s’était vu imposer une amende de 775 millions d’euros (834 millions de francs) pour contrôle insuffisant de certains de ses clients. Les autorités avaient renoncé à poursuivre des individus.

Peu de risques à court terme

Or la Cour d’appel de La Haye, tout en confirmant l’accord conclu il y a deux ans, a demandé au procureur d’enquêter sur le rôle de Ralph Hamers dans cette affaire à la demande d’un groupe de plaignants. Dans son communiqué, ING «regrette la décision d’ordonner une enquête contre notre ancien directeur général, ce qui va à l’encontre de l’évaluation faite par le procureur». Ralph Hamers, qui a passé vingt-neuf ans au sein du groupe bancaire néerlandais, l’a dirigé pendant les six dernières années.

L’affaire n’avait évidemment pas échappé à UBS. Lors de la conférence de presse annonçant la nomination du successeur de Sergio Ermotti en février dernier, Axel Weber, président d’UBS, avait répondu à des questions sur ce dossier. Il avait assuré que la banque «avait mené un processus de due diligence très large et très approfondi avec le soutien de conseillers juridiques externes, à la fois en Suisse et aux Pays-Bas à propos de cette situation». Avant de poursuivre: «En plus de notre examen, la Finma a revu et interviewé minutieusement le candidat et n’a pas soulevé d’objections à sa nomination.» L’Allemand, qui préside UBS depuis 2012, avait ensuite assuré être «très confiant» que la banque avait «pris en compte tous les arguments et [avait] fait le bon choix». 

Risques faibles

Luc Thévenoz, professeur de droit bancaire à l’Université de Genève, ne voit pas de conséquences graves à court terme. La banque a exprimé sa confiance, tandis que «la Finma, qui avait dû prendre des renseignements auprès de ses homologues néerlandais, ne va pas à la légère décider d’exiger qu’il quitte sa fonction alors qu’elle avait accepté cette nomination, simplement à cause de cette décision». En outre, ajoute Nicolas Ollivier, avocat chez Lalive, la Finma ne peut pas sanctionner un dirigeant ou la banque du seul fait de l’ouverture d’une procédure pénale contre ce dirigeant.

En fonction des développements de l’enquête néerlandaise, reprend Luc Thévenoz, «elle pourrait changer de perspective». Une condamnation de Ralph Hamers aux Pays-Bas, voire même des révélations en cours d’enquête de faits importants, pourrait amener la Finma à ouvrir sa propre enquête, et peut-être remettre en cause la garantie d’une activité irréprochable, indispensable pour exercer des fonctions de dirigeant bancaire.

Luc Thévenoz relativise néanmoins les risques. Il estime à ce stade le risque réglementaire et réputationnel pour la banque «relativement faible sur la base des informations actuelles». UBS apparaît aussi confiante, parce que plus un établissement est grand, plus il est difficile de démontrer la culpabilité d'un dirigeant, car les tâches sont divisées et déléguées à des subalternes qui jouent souvent le rôle de fusibles, ajoute de son côté Nicolas Ollivier.