Le monde financier a été surpris par l'annonce faite par Jörgen Centerman, le nouveau patron du groupe ABB. A peine arrivé au pouvoir – son entrée en fonction date du 1er janvier – il décide de réformer en profondeur le géant de l'électronique, alors que la dernière restructuration ne date que de 1998.

A part les détails donnés sur cette transformation, il est resté muet sur les résultats du groupe. Il n'a rien dit, ni sur les objectifs de croissance (6 à 7%), ni sur les marges bénéficiaires (9 à 12%) avancés à l'époque par son prédécesseur, Göran Lindhal, qui a annoncé son départ le 26 octobre, surprenant tout le monde. Il ne devrait dévoiler ces chiffres que le 13 février, ce qui a laissé perplexe plus d'un analyste. Pour couronner le tout, le marché a réagi de manière épidermique, lorsque le grand patron a émis un pronostic défavorable en indiquant qu'il voyait des «marchés stagnants» pour 2001. «Cela a été pris comme un «profit warning», explique Jean-Luc Lederrey, analyste financier de la BCGE. En fait, le ralentissement auquel le patron d'ABB faisait référence est depuis longtemps intégré dans le cours de l'action. Il n'empêche que le titre a été chahuté jeudi, perdant 4,7% pour s'établir à 167,5 francs à la Bourse suisse.

C'est sans doute pour marquer son empreinte que Jörgen Centerman réorganise le groupe, en jetant l'organisation par secteurs et produits, introduite en 1998 par son prédécesseur, au profit d'une matrice centrée sur les catégories de clients. «A l'heure de la globalisation et du commerce électronique, la réforme permettra aux clients d'accéder à tous les produits et services d'ABB. Elle donne une réponse à la complexité croissante en apportant clarté et simplicité», a relevé Jörgen Centerman, dans le cadre d'une conférence téléphonique.

Dans son communiqué, ABB qualifie cette nouvelle réorganisation de «révolution silencieuse». Pour son nouveau patron, en aucun cas il ne s'agit de mesures «cosmétiques». «Le groupe est le premier à franchir le pas et à parier sur une structure centrée non plus sur la technologie mais sur le client», a-t-il précisé. La matrice retenue rassemble quatre divisions: entreprises d'approvisionnement (électricité, gaz et eau), procédés industriels (cellulose, papier et métallurgie), industrie et biens de consommation (automobile, télécommunications et techniques du bâtiment), enfin, un dernier secteur qui rassemble le pétrole, le gaz et la pétrochimie.

Direction remaniée

A ces divisions viennent s'ajouter deux secteurs de produits et les activités financières. «Cette nouvelle forme du groupe me laisse perplexe, assure Jean-Luc Lederrey. L'ancienne structure avait l'avantage d'être beaucoup plus claire.»

Le groupe assure que la mise en œuvre de la restructuration n'entraînera aucun coût supplémentaire, ni de suppressions d'emplois, et qu'elle devrait être opérationnelle pour le milieu de cette année dans la plupart des pays où ABB est actif –plus d'une centaine.

Jörgen Centerman accompagne cette nouvelle structure par un remaniement de la direction générale. Sur les onze membres nommés, six intègrent pour la première fois la tête du groupe. La composition de cette direction affirme un peu plus le caractère international d'ABB, qui parie plus que jamais sur les nouvelles technologies. Pour mémoire, le groupe s'est orienté en l'espace de quelques années vers l'automation au détriment de l'industrie lourde. ABB annonce en outre la création de la société New Ventures Ltd. Cette entité, qui démontre la volonté du groupe de demeurer présent dans la recherche, selon les propos de Jörgen Centerman, doit servir d'incubateur pour le développement de nouvelles affaires.