Guerre commerciale

Pékin amorce une détente face à Washington

La Chine a suspendu vendredi ses surtaxes sur les automobiles américaines. Elle a aussi repris les importations de soja du Midwest. En même temps, de nouveaux indicateurs confirment un ralentissement de l’économie chinoise

La Chine plie-t-elle enfin dans la guerre commerciale face aux Etats-Unis? En tout cas, elle a annoncé vendredi la suspension, dès le 1er janvier et pour trois mois, de ses surtaxes douanières de 25% imposées aux voitures et pièces automobiles made in USA. Pékin revient ainsi sur l’une de ses mesures de rétorsion phares prises suite aux surtaxes américaines sur les importations en provenance de Chine.

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Cette décision apparaît comme un pas concret pour mettre en œuvre l’accord signé entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping le 1er décembre en marge du sommet du G20 à Buenos Aires. «Sous réserve de certaines conditions – respect mutuel, égalité mutuelle, respect de la parole donnée – nous espérons que les deux parties intensifieront les consultations en vue d’éliminer tous les droits de douane», indique un communiqué du gouvernement chinois publié vendredi.

Cultivateurs américains de soja frappés

A présent, un total de 250 milliards de dollars de biens chinois fait l’objet de surtaxes américaines de 10%. Pékin a répliqué avec des mesures de même ampleur. Avant le tête-à-tête de Buenos Aires, le président américain avait averti qu’il comptait relever les surtaxes de 10 à 25% en janvier prochain à défaut d’un accord.

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Pékin a fait une autre concession sur un produit tout aussi symbolique. Il a donné le feu vert à l’achat de 1,13 million de tonnes de soja américain mercredi. La Chine impose, toujours dans le cadre de la guerre commerciale, une surtaxe de 25% sur cette denrée. Cette sanction avait frappé les cultivateurs américains de plein fouet. Pour preuve, entre janvier et octobre, les Etats-Unis avaient exporté 8,2 millions de tonnes vers la Chine, contre 31,7 millions en 2017 et 36 millions l’année précédente.

Propositions rejetées en mai

Norman Villamin, responsable de l’allocation d’actifs à Union Bancaire Privée (UBP) à Genève, ne voit toutefois pas de signe tangible de détente dans la guerre commerciale. «Les mesures chinoises (automobile et soja) avaient déjà été proposées par Pékin en mai, mais elles furent rejetées par les Etats-Unis, rappelle-t-il. On parlera de détente lorsque les Etats-Unis et la Chine auront trouvé des solutions aux griefs américains concernant l’accès au marché et le transfert de technologie.»

Sur un autre registre, des chiffres publiés vendredi indiquent de mauvaises nouvelles pour l’économie chinoise. Les ventes de détail ont certes progressé de 8,1% en novembre, soit 0,5 point de pourcentage de moins qu’en octobre. Idem pour la production industrielle qui a décéléré de 0,5% sur la même période. Une bonne nouvelle toutefois: les investissements pour les infrastructures ont progressé de 5,9% sur les onze premiers mois de 2018, contre 5,7% à la même période de l’an dernier. On sait par ailleurs que la croissance s’est ralentie à 6,5% au troisième trimestre, sa plus faible performance depuis neuf ans.

Bourses volatiles

«Le ralentissement n’est pas une surprise, nuance Norman Villamin. Il est le résultat d’une politique de restriction monétaire mise en place délibérément depuis le début de l’année.»

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Les mauvaises nouvelles conjoncturelles chinoises ne sont pas restées sans conséquences pour les places financières. Les bourses asiatiques ont clôturé en forte baisse: Nikkei -2,02%, Shanghai -1,53% et Shenzhen -2,46%. L'Europe a suivi la tendance durant la matinée, mais a minimisé les pertes en fin de journée, soutenue par l’espoir d’une détente dans la guerre commerciale. Pour sa part, Wall Street a aussi ouvert en zone négative.

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