Consommation

Pékin aspire à un contrôle intégral des produits importés et de leur distribution

La Chine érige de gigantesques centrales d’achats et d’exposition pour les marchandises étrangères. Une délégation était à Genève vendredi pour «acheter» des montres et du chocolat, entre autres

«Nous sommes ici pour acheter.» Passé les politesses d’usage, Xu Jing n’a pas tourné autour du pot. Vendredi, le chef de la délégation chinoise, directeur de l’association chinoise du commerce international (CAIT), a invité les quelque 80 entrepreneurs réunis par la Chambre de commerce et d’industrie de Genève (CCIG) à lui présenter et à lui vendre leurs produits.

Une semaine après la visite très remarquée du premier ministre Li Keqiang en Suisse, et deux petits mois avant la signature officielle de l’accord de libre-échange avec la Chine, ce séminaire est une première émanation du rapprochement commercial entre les deux pays. Objectif, présenter aux Suisses la stratégie nationale chinoise d’importation de marchandises étrangères.

Sous la conduite du Ministère du commerce, Pékin met en place un réseau de centres d’acquisition et de distribution, les «Global Purchasing Center» (GPC). De gigantesques halles multi-usages destinées à regrouper, exposer, promouvoir et redistribuer les produits de consommation importés du monde entier.

Un premier édifice a été inauguré il y a quelques semaines à Taizhou, à l’est de la province de Zhejiang. Selon l’agence de presse Xinhua, le bâtiment a coûté 200 millions de yuans (31 millions de francs). Il sera concentré sur la distribution dans trois régions proches. Cette «plateforme» regroupe également des services de protection de la propriété intellectuelle ou de règlement des transactions.

Mais six autres centres du même type sont d’ores et déjà annoncés. A terme, on parle déjà d’une vingtaine de ces édifices, qui dissémineront les produits étrangers dans une centaine de villes à travers le pays. Et les responsables de ces projets savent déjà très bien ce qu’ils veulent.

Une liste de deux à vingt produits prioritaires a été définie pour chaque pays. D’Italie par exemple, on vise l’huile d’olive, quelques vins (dont le Chianti), les chaussures ou les sacs. Les vins français sont également ciblés. Tout comme le champagne, le brandy, les parfums, ou le foie gras. Pour l’Espagne, on se focalise sur les fruits de mer ou le jambon. Et du Royaume-Uni, on attend du whisky ou des «Teddy bear». En tout, des exportateurs de presque 30 pays sont déjà intégrés à ce système de centrales à tout faire, selon une brochure distribuée hier.

Pour la Suisse, les produits visés sont le lait (en poudre ou non), le fromage, le chocolat, la confiserie, mais aussi les vêtements, chaussures et équipements «outdoor», et bien sûr les montres. «Nous espérons que l’avion d’Air China qui nous ramènera en Chine sera rempli de produits suisses», a plaisanté le représentant chinois, en référence à la ligne directe qui relie Genève à Pékin depuis trois semaines.

A priori, l’Airbus d’Air China ne devrait pourtant pas transporter beaucoup de montres. Standardiser la promotion et la distribution, c’est tout sauf ce que veulent les horlogers. Au contraire, la tendance est à l’ouverture de boutique en propre. Avec, si possible, une stratégie spécifique dans chaque région. «La Chine est un continent avec de multiples provinces et de multiples différences», a souligné Yann Bouillonnec, de Vacheron Constantin, invité à présenter la stratégie de la marque en mains du groupe Richemont.

«Ce type de canaux de distribution s’adresse plutôt à celui qui n’est pas encore présent sur le marché chinois, ou à celui qui vend des produits de consommation courante», juge, en marge du séminaire, le directeur commercial d’une marque qui travaille avec la Chine depuis 1820 et qui y encaisse désormais 1 franc sur 5, hors Hongkong. Ces centres sont un outil précieux pour «celui qui n’a ni le réseau ni les moyens d’en construire un», ajoute Philippe Meyer, membre de la direction de la CCIG.

Pour convaincre les sceptiques – il y en avait quelques-uns hier –, les responsables du programme GPC proposent une période d’essai de six mois. En quatre étapes: exposition des produits, organisation des achats, préparation de la distribution et promotion de masse. Passé cette période initiatique, les frais se situent entre 5 et 8% du montant des transactions. «Les opportunités qui existaient déjà sont désormais facilitées», s’est félicité Philippe Meyer.

Mais l’un des messages que l’auditoire aura retenu, c’est que les taxes à l’importation peuvent dépasser 40%, selon le type de montres envoyées en Chine par Vacheron Constantin. L’accord de libre-échange est donc favorablement accueilli par tous ceux qui vendent ou veulent vendre dans ce marché. Que ce soit sous la tutelle de Pékin ou non.

Standardiser la promotion et la distribution, c’est tout sauf ce que veulent les horlogers

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