Pékin envisage de retarder l'âge de la retraite. Selon le China Economic Weekly, le Ministère du travail et de la sécurité sociale espère ainsi pouvoir limiter les pertes du fonds national de sécurité sociale. Fin 2005, elles ont atteint 800 milliards de yuans (123 milliards de francs) alors qu'elles n'étaient que de 43 milliards de francs en 2000. Ce déficit record serait principalement dû au départ en retraite anticipée de nombreux Chinois.

Si l'âge officiel de la retraite est de 60 ans pour les hommes et 55ans pour les femmes (50 ans pour les ouvrières), le gouvernement a commencé à autoriser les départs en retraite anticipée lors de la période de restructuration des grandes entreprises nationales à la fin des années 90. Cette mesure visait à créer un appel d'air, pour permettre à quelques-uns des millions de travailleurs licenciés de retrouver un emploi. Il n'avait sans doute pas prévu que, même en ne touchant pas l'intégralité de leurs droits à la retraite, les Chinois continueraient à utiliser cette option de retraite anticipée. Selon les statistiques officielles, l'âge moyen de la retraite était ainsi de 51,2 ans en 2000. Du coup, les dépenses du fonds de sécurité sociale ont explosé.

Vingt années de couverture vieillesse

Et la situation ne peut que se détériorer. D'abord en raison du développement du pays, qui a permis l'amélioration des soins de santé et de l'alimentation. La chute de l'âge de la retraite s'est ainsi accompagnée d'une forte hausse de l'espérance de vie. En 2000, elle se situait à 73,3 ans pour les femmes et à 69,6 ans pour les hommes, soit une moyenne de 71,4 ans. L'Etat chinois doit du coup fournir des droits à la retraite pendant en moyenne vingtans.

Ces charges devraient d'ailleurs poursuivre leur croissance. Avec plus de 100 millions de Chinois de plus de 65 ans - soit 7,7% de la population - et des plus de 60 ans représentant 10,5% des habitants, la Chine est devenue, selon les Nations unies, un pays vieillissant. Conséquence immédiate de la politique de l'enfant unique, les jeunes ne seront bientôt plus assez nombreux pour subvenir aux besoins de leurs parents.

Aujourd'hui déjà, l'augmentation des dépenses n'est pas compensée par de nouvelles rentrées d'argent. Le plancher d'imposition ayant été relevé en octobre dernier de 800 yuans de salaire mensuel à 1600 yuans, la grande majorité du 1,3 milliard de Chinois n'est pas imposable. Le revenu mensuel moyen par citadin était de 874 yuans en 2005, et de 271 yuans par paysan. Et la plupart des grandes entreprises et des hommes influents parviennent à éviter les impôts, grâce à leurs relations au sein des gouvernements locaux.

Repousser l'âge de la retraite

La hausse des impôts - tout comme le développement de l'immigration et la mise en place d'une politique nataliste forte - ne semblant pas à l'ordre du jour, le gouvernement ne voit pas beaucoup d'options s'ouvrir à lui. D'un côté, repousser l'âge de la retraite mais du coup accroître les risques de chômage; de l'autre, maintenir celui-ci mais voir leurs versements sociaux poursuivre leur inexorable hausse.

Quoi qu'il en soit, la population ne devrait pas forcément voir ce possible changement d'un mauvais œil. D'après une enquête réalisée cette année par la banque HSBC, les Chinois préfèrent dans une grande majorité travailler plus longtemps ou voir leurs impôts augmenter que d'avoir à payer eux-mêmes leur future retraite. Et depuis plus de trois ans, les femmes se plaignent de devoir partir à la retraite plus tôt que les hommes.