Conjoncture

Pékin a (enfin) décidé de resserrer le robinet du crédit

L’économie chinoise a continué de croître au deuxième trimestre 2017. A la suite de divers avertissements, les autorités semblent prendre acte des risques liés à une croissance alimentée par le surendettement des entreprises d’Etat et des collectivités régionales

L’économie chinoise a enregistré un taux de croissance de 6,9% du produit intérieur brut (PIB) au deuxième trimestre 2017. Surtout, ce résultat met la deuxième économie du monde en bonne position pour atteindre les objectifs fixés par les autorités chinoises à 6,5% pour l’ensemble de l’année. Le rebond s’appuie sur de nombreux facteurs, notamment la production industrielle qui a augmenté de 7,6% en juin contre des attentes de 6,5%. La publication du PIB chinois lundi matin a eu un impact immédiat sur les places financières qui ont salué la bonne performance de l’Empire du Milieu. Les gains ont toutefois été abandonnés dans la journée dans l’attente des résultats du premier semestre 2017 des entreprises américaines et européennes.

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Malgré cette performance, Pékin n’est pas à la fête. Il y a de quoi. «L’activité est indubitablement bien orientée, avec les exportations qui ont rebondi de 11,3% en juin, contre 8,6% du mois précédent, explique Frédéric Potelle, directeur de la recherche à la banque Bordier, à Genève, mais le crédit, l’un des éléments à surveiller compte tenu du niveau d’endettement atteint par l’économie chinoise, a augmenté de 12,9% en juin.» Les chiffres de l’immobilier et de la construction – les achats de terrain, les constructions en cours ou les démarrages de chantiers – ont accéléré en juin.

Eviter une crise de la dette

En effet. Les avertissements au sujet de l’explosion du crédit et les risques de mauvaises dettes se multiplient depuis plusieurs mois. Dans son rapport de ce printemps sur la stabilité financière mondiale, le Fonds monétaire international a demandé aux autorités chinoises de resserrer le robinet du crédit. Lors du dernier sommet du G20, les dirigeants mondiaux ont aussi exigé du président chinois Xi Jinping qu’il prenne des mesures afin d’éviter une crise de la dette. La semaine dernière, l’agence de notation Fitch a certes maintenu la note de la Chine à A +, mais a mis en garde contre un choc financier. Fin mai, l’agence Moody’s avait dégradé sa note, craignant une cascade de faillites.

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Les autorités chinoises n’ignorent plus ces avertissements. A plusieurs reprises, le président Xi Jinping a personnellement fait appel à une meilleure maîtrise du crédit, notamment auprès du secteur immobilier. Selon Rob Subbaraman, chef économiste pour l’Asie de la banque japonaise Nomura, cité par Bloomberg, les Chinois ont pris des mesures à temps pour éviter que des mauvaises dettes ne s’accumulent dans l’immobilier et ne viennent contaminer le reste de l’économie. La semaine dernière, le chef d’Etat a appelé au désendettement des entreprises publiques et des administrations régionales, qui ont bénéficié de crédits mirobolants de la part des banques, elles aussi étatiques.

La croissance devrait rester solide

Le risque de freiner la croissance en coupant le crédit toutefois est toutefois réel. «Mais les autorités chinoises n’ont guère le choix, explique Florence Pisani, directrice de la Recherche économique à Candriam, gérant européen de fonds. Elles tentent de le faire le plus prudemment possible. Pour l’instant, l’endettement continue à progresser, mais un peu plus lentement qu’il y a quelques mois.» Selon elle, si les autorités conservent cette approche graduelle, la croissance devrait résister, mais il faudra du temps pour que le poids de l’endettement privé se stabilise.

«Les indications les plus récentes laissent penser que la croissance devrait rester solide même si elle doit faiblir dans la seconde partie de l’année, poursuit Florence Pisani. Les investissements en infrastructures ont été très forts en début d’année et devraient maintenant ralentir de même le durcissement engagé des conditions de crédit va freiner l’investissement immobilier.»

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