Pékin envoie la police pour reprendre le contrôle de la bourse

Marchés Plusieurs dirigeants de Citic, le plus grand courtier de Chine, ont été arrêtés

Après le krach de lundi et mardi, les indices finissent la semaine en hausse

La bourse chinoise a fini par se redresser en fin de semaine, la police aux trousses. Plusieurs cadres de Citic Securities, le plus grand courtier de Chine, un employé du gendarme de la bourse et un journaliste financier de Caijing ont été arrêtés. Vendredi, le South China Morning Post révélait qu’outre le directeur général de Citic Securities, deux autres membres du comité de direction étaient aussi visés. La police soupçonne toutes ces personnes d’avoir manipulé le marché , falsifié des documents officiels et commis des délits d’initiés. Notamment en recourant avec «malveillance» à des ventes à découvert, une technique qui permet de profiter de la baisse des cours.

Lundi et mardi, l’indice de Shanghai a connu deux jours de krach, perdant près de 8% de sa valeur au cours de chacune de ces deux séances. Ce krach, le pire depuis 1996, s’est répercuté non seulement sur les places asiatiques, mais aussi européennes – le SMI cédant lundi près de 4% – et américaines.

Après avoir pris toute une série de mesures techniques cet été pour redresser le marché chinois, en chute de quelque 40% depuis juin, le gouvernement central a lancé cette semaine ce que la communauté financière qualifie d’une «chasse aux sorcières». Outre Citic, d’autres grands courtiers tels Haitong Securities, GF Securities ou encore Huatai Securities ont indiqué à la presse chinoise être sous enquête du régulateur de la bourse, la CSRC.

Mardi, Xinhua, l’agence de presse chinoise, a évoqué les efforts de Pékin pour «purifier» le marché des capitaux. Dans un commentaire, elle a indiqué que les poursuites feront de la bourse chinoise «une place équitable» et lui donneront «un avenir sain et stable». Se sachant sous enquête dès juillet, Citic a répliqué au début du mois collaborer avec la justice et a assuré ne plus être associé depuis novembre 2014 avec le hegde fund américain Citadel, auquel il pourrait lui être reproché d’avoir vendu des titres à découvert.

«Le marché est devenu bien plus fort qu’en 2007, lors de la dernière crise financière; il résiste au gouvernement central. C’est la raison pour laquelle il veut remettre les règles à plat», analyse un trader chinois installé à Hongkong. Comme d’autres, il a liquidé ses titres en juillet, et son «portefeuille affiche toujours un gain de 50% depuis janvier; nos clients ne sont donc pas inquiets.» Lui l’est cependant, car il vend régulièrement des titres à découvert, et pourrait aussi être considéré comme un trader à haute fréquence, une autre technique que le gouvernement central veut combattre. «Le marché est manipulé de toute part, observe-t-il. J’approuve donc l’action des autorités pour y mettre de l’ordre. Cependant, il faudrait savoir ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. Les ventes à découvert sont a priori interdites, mais acceptées si elles couvrent un risque. Idem pour le trading à haute fréquence, qui reste mal défini.» Il redoute une utilisation politique des changements de réglementation pour que Pékin trouve un bouc émissaire au krach de l’été.

Cette action des autorités explique-t-elle la remontée des cours jeudi et vendredi, qui n’ont pas empêché Shanghai de perdre 8% sur la semaine? Ce trader y croit. Il assure que les forts volumes à l’achat en fin de séance ces derniers jours signent une nouvelle intervention du gouvernement central. Pas tant inquiets de la baisse générale des cours que de celui des banques, qui restent le moteur qui finance l’économie chinoise.

Les caisses de pension sont aussi appelées, depuis dimanche passé par Pékin, à venir stabiliser le marché. «Le marché chinois des actions est ultra-spéculatif. Il a besoin d’investisseurs institutionnels comme les fonds de retraite pour être moins agité», pointe Daryl Liew, gérant de Reyl à Singapour. Cependant, personne ne voit ces fonds capables de mettre en œuvre cette réforme avant des mois.

«Le marché est manipulé de toute part. J’approuve l’action des autorités pour y mettre de l’ordre»