«J’ai expliqué au premier ministre Wen que de nombreuses réformes sont en cours en Europe et qu’il y a une volonté absolue de replacer l’euro parmi les monnaies fortes.» C’est ce qu’a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel jeudi matin, à l’issue d’une rencontre avec son homologue chinois à Pékin.

Accompagnée de nombreux entrepreneurs allemands, elle y conduit une visite commerciale de deux jours. Mais sa mission ­déborde largement sur la crise de la dette et de la récession en Europe. Le président français n’ayant pris ses fonctions qu’il y a trois mois et le premier ministre David Cameron s’impliquant peu dans la gestion de la crise européenne, il revient à Angela Merkel de tenir le rôle d’interlocuteur européen et de répondre aux questions. Le premier ministre chinois s’est inquiété notamment sur la Grèce et son avenir dans la zone euro et sur un éventuel plan de sauvetage pour l’Espagne et l’Italie.

Contrats

Les relations Allemagne-Chine sont déjà importantes. A elle seule, l’Allemagne représente près de la moitié des exportations européennes vers la Chine. Dans l’autre sens, elle absorbe près d’un quart des exportations chinoises vers l’Europe. Mais c’est l’économie européenne dans son ensemble qui préoccupe la Chine. La récession en Europe frappe déjà ses exportations et freine sa croissance. Pékin s’inquiète aussi de l’affaiblissement de l’euro, qui constitue une part grandissante dans sa réserve de devises de 3200 milliards de dollars. Par ailleurs, pour l’Europe, la Chine reste non seulement un grand marché pour ses exportations, mais aussi une source de financement de sa dette et d’investissements.

Lors de sa précédente visite en Chine, en février, la chancelière allemande s’était efforcée de convaincre les responsables chinois de la solidité de l’euro et de la capacité de l’Europe pour régler ses problèmes.

Cette visite prépare aussi le terrain pour le 8e EU-China Business Summit qui a lieu le 20 septembre à Bruxelles. Plusieurs conflits commerciaux opposent Pékin et Bruxelles. Le dernier en date concerne les subventions chinoises aux fabricants de panneaux solaires. Les Etats-Unis viennent d’introduire un droit de douane punitif sur les produits en provenance de Chine. En Europe, les entreprises dénoncent aussi la concurrence déloyale et demandent à Bruxelles de prendre des mesures de rétorsion. Mais, selon le Financial Times de mercredi, Angela Merkel fera l’impasse sur ce sujet.

La mission allemande ne viendra toutefois pas les mains vides. Entre autres contrats, la banque d’Etat chinoise ICBC s’est engagée à acheter 50 Airbus pour un montant de 3,5 milliards de dollars.