Qui craquera le premier? L’Union européenne (UE) qui a instauré une taxe carbone sur toutes les compagnies d’aviation survolant son espace aérien ou les pays qui rejettent cette mesure qu’ils qualifient d’unilatérale? Renvoyée une première fois en mars, la nouvelle échéance pour fournir des informations à Bruxelles sur l’émission de gaz carbonique prend fin ce vendredi. La commissaire européenne Connie Hedegaard, chargée de l’Action pour le climat, prévoit des sanctions contre les compagnies d’aviation récalcitrantes. L’Inde et la Chine menacent de prendre des mesures de rétorsion.

Le Système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre (ETS) a été instauré au début de l’année au nom de la lutte contre le changement climatique. Il prévoit une taxe sur les émissions de gaz carbonique pour toutes les compagnies d’aviation, payable à partir du printemps prochain. L’idée est que celles-ci rachètent 15% des émissions, soit 32 millions de tonnes par année. La taxe, selon les estimations de l’industrie, rapporterait quelque 17,5 milliards d’euros sur huit ans dans les caisses européennes. L’annonce de cette mesure a, dès le départ, suscité une fronde aux Etats-Unis, en Russie, en Chine, en Inde ainsi que dans les pays du Golfe, qui ambitionnent de bâtir un important secteur aérien. La compagnie Swiss est également opposée. Tout comme l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui préfère négocier un accord multilatéral sur la pollution dans le cadre de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).

La crispation a atteint son comble à l’approche de l’échéance de vendredi. En début de semaine, le secrétaire américain aux Transports, Ray LaHood, a qualifié la mesure européenne de «minable», ajoutant que «Washington reste fortement opposé à la fois sur le plan juridique et sur le plan politique». L’Inde a menacé d’interdire son espace aérien aux compagnies européennes au cas où ses propres compagnies seraient frappées de sanctions.

Mais c’est la Chine qui semble vouloir le plus croiser le fer avec l’UE. D’abord, Pékin a formellement interdit à Air China, China Eastern et China Southern Airlines, qui desservent l’Europe quotidiennement, de fournir une quelconque information à Bruxelles. Ensuite, China Eastern a mis en veilleuse une commande de dix A380 et de 35 A330 d’Airbus pour un montant de 12 milliards de dollars. Dans une déclaration au Financial Times de mardi, John Leahy, le directeur d’Airbus, a accusé les hauts fonctionnaires européens d’être «au sommet de la naïveté» et a averti que 2000 emplois en Europe étaient en jeu.

Proche du pouvoir central, l’Association du transport aérien chinois (ATAC) a fait la surenchère mardi. Selon Le Quotidien du ­peuple , l’organe du Parti communiste, elle a brandi la menace de faire saisir les avions européens au cas où Bruxelles sanctionnerait l’aviation chinoise. «Nous ne voudrions pas vivre une situation du type «Tu détiens mes avions et je détiens les tiens», a assuré le pré­sident d’ATAC. Et, soufflant le chaud et le froid, Pékin a indiqué ne pas vouloir de nouvelle guerre commerciale.

«Nous ne voudrions pas vivre une situation du type «Tu détiens mes avions et je détiens les tiens»