Pékin a tout à perdre à s’engagerdans la guerre des monnaies

Changes Un yuan plus faible pourrait aider la Chine à se relancer

L’agenda politique et monétaire s’oppose à une dévaluation

Un sursaut. L’activité manufacturière en Chine a progressé en mars. C’est une première depuis décembre, alors que les perspectives conjoncturelles s’assombrissent pour la seconde économie mondiale. L’indice PMI des directeurs d’achat, publié mercredi par le Bureau national des statistiques, s’est établi à 50,1 points, contre 49,9 en février. Ce chiffre, supérieur à 50, indique que l’activité industrielle progresse.

Cette embellie intervient alors que la banque centrale (PBOC) multiplie les mesures d’assouplissement pour stimuler la relance, après le ralentissement observé en 2014. La PBOC a notamment baissé deux fois ses taux d’intérêt depuis novembre. Pour soutenir l’immobilier, elle a aussi réduit les exigences de réserves obligatoires imposées aux banques.

Mais de l’avis général, c’est encore insuffisant. La banque HSBC, qui réalise ses propres enquêtes sur l’activité manufacturière, livre d’ailleurs une estimation moins réjouissante que le gouvernement. Mercredi également, elle fait état d’un indice PMI de 49,6 points, contre 50,7 en février. Ce repli «montre que la consommation intérieure et les exportations restent moroses», selon le cabinet Markit, mandaté pour réaliser l’indice de HSBC.

«Le PMI officiel suggère que les grosses entreprises ont résisté un peu mieux que prévu, mais cela ne veut pas dire qu’il ne faudra pas de coups de pouce supplémentaires», prédit Julian Evans-Pritchard, de Capital Economics, cité par l’AFP. Parmi les autres mesures de relance envisagées, certains estiment que Pékin pourrait décider de dévaluer le yuan pour à la fois rendre les exportations chinoises plus compétitives et pour lutter contre une déflation menaçante. Il faut dire que la monnaie chinoise, qui évolue dans une marge de fluctuation déterminée par rapport au dollar, est en hausse notable. Face à l’euro, par exemple, elle a gagné plus de 13% en six mois.

De l’avis des économistes de Credit Suisse, il est pourtant très peu probable que Pékin s’engage dans la guerre des monnaies. Le dossier est politiquement trop sensible. «La Chine intensifie ses efforts pour promouvoir l’internationalisation du yuan», rappellent-ils dans une note publiée jeudi.

Le premier ministre chinois Li Keqiang a récemment indiqué que son pays aspirait non seulement à faire de sa devise une monnaie de référence mondiale, mais qu’il voulait aussi qu’elle entre dans le club très select des devises qui déterminent les droits de tirages spéciaux (DTS) – un actif servant à compléter les réserves de changes officielles des pays et à calculer les financements accordés par le FMI. Pour l’heure, ce panier est constitué du dollar, de l’euro, du yen et de la livre sterling. Mais sa composition peut varier. Et c’est en octobre prochain, quatre ans après les dernières discussions, que le FMI évaluera son possible élargissement à d’autres monnaies.

L’agenda ne plaide donc pas en faveur d’une entrée de la Chine dans la bataille monétaire. Ce d’autant qu’à très court terme, en avril, a lieu la réunion de printemps du FMI et de la Banque mondiale, ainsi que la publication du rapport semestriel du Trésor américain sur les changes. Si l’une ou l’autre de ces institutions venait à pointer du doigt une tentative de dévaluation compétitive de Pékin, «cela ruinerait ses efforts pour promouvoir le yuan à l’échelon international», considèrent les économistes de la banque suisse.

Pour la majorité des analystes, le yuan baissera progressivement, entraîné par l’assouplissement monétaire ou budgétaire chinois et la hausse du dollar. A moins que le Japon ne lance un nouveau programme d’assouplissement qui affaiblirait encore le yen. Ou qu’une plongée brutale en déflation de la Chine ne fasse passer les priorités politiques au second rang.

Si le FMI ou le Trésor notent une dévaluation compétitive, les efforts de promotion du yuan seraient ruinés