Le président chinois Hu Jintao est arrivé à New Delhi mercredi. Il participe aujourd’hui et demain au quatrième sommet de cinq grands pays émergents connus comme les BRICS – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Dans ses bagages, un projet d’accorder des crédits en yuans pour alimenter les importations des produits et services «Made in China».

Ainsi, Pékin avance résolument dans son objectif d’imposer le renminbi dans le commerce international. L’idée est acquise au sein des BRICS, victimes de la baisse du dollar, la devise dominante, ces dernières années. Parallèlement au sommet des chefs d’Etat, 500 patrons d’entreprises de cinq pays se trouvent également dans la capitale indienne pour négocier des contrats libellés en monnaie chinoise. Selon l’ONU, les échanges intra-BRICS représentaient 15% du commerce mondial en 2010, contre 13,7% l’année précédente. L’Inde, aussi une nouvelle puissance exportatrice, est favorable à l’utilisation du yuan mais aussi des autres monnaies dans le commerce intra-BRICS. Comme conséquence, Anand Sharma, le ministre indien du Commerce, prévoit une nette hausse du commerce et des investissements. Mais c’est l’Afrique du Sud qui se montre la plus enthousiaste. Selon Standard Bank, l’une des plus importantes banques du pays, «utiliser la monnaie chinoise au lieu du dollar profitera largement à l’économie sud-africaine grâce à la baisse des coûts de transaction. D’ici à 2015, au moins 100 milliards de dollars dans le commerce entre la Chine et l’Afrique seront remplacés par le renminbi.»

Les chefs d’Etat se pencheront aussi sur la création d’une banque de développement pour financer les projets d’infrastructures. Les cinq pays ont constitué des réserves importantes au fil des années, mais c’est la Chine qui se profile comme le plus grand bailleur de fonds. Elle prête déjà davantage à l’Afrique que la Banque mondiale. Si le projet de «South-South Bank» ou de «BRICS Bank» aboutit, les prêts seront consentis dans la monnaie de l’un des cinq pays.

Pékin ne cache pas son ambition globale: entre 2030 et 2040, le renminbi doit représenter une part de 20% du commerce mondial, contre 8% à présent. «Dans deux à trois décennies, le système monétaire international sera dominé par le trio dollar-euro-yuan», espère une récente étude prospective réalisée par la Renmin University of China.

Accord avec l’Australie

Pékin ne vise toutefois pas uniquement le commerce avec les grands pays émergents pour internationaliser sa monnaie. Pas plus tard que la semaine dernière, il a signé un accord d’échange de devises pour un montant de 30 milliards de dollars australiens (23,5 milliards d’euros) contre le yuan. Un tel accord permet de fixer un taux de change par les deux parties, ce qui élimine les pertes liées à la volatilité des monnaies. Mais il donne aussi un coup de fouet aux échanges bilatéraux. L’Australie est un fournisseur important de matières premières à la Chine, en échange d’importations massives de produits et services «Made in China».

Pékin a aussi négocié des accords d’échange de devises identiques ainsi que des crédits à l’importation avec la plupart des pays d’Asie de l’Est, à commencer par le Japon, la troisième puissance commerciale mondiale, derrière les Etats-Unis et la Chine.