Pékin a répliqué mercredi aux taxes imposées par Bruxelles sur le solaire chinois en lançant une enquête antidumping sur les vins importés de l’Union européenne (UE). Le spectre d’une guerre commerciale entre la Chine et le Vieux Continent a également été agité.

«Le gouvernement chinois a lancé une procédure antidumping et anti-subventions visant les vins de l’Union européenne», a indiqué le Ministère chinois du commerce, au lendemain de la décision de la Commission européenne d’instaurer des taxes provisoires sur le solaire chinois. Quelques heures plus tôt, l’agence de presse officielle Chine nouvelle avait prévenu que les taxes «punitives» annoncées par l’UE n’étaient «pas susceptibles d’inciter à une réponse amicale de la Chine».

La décision de la Commission européenne risque de faire «dérailler» les relations commerciales entre la Chine et l’UE, a même mis en garde l’agence d’Etat. Pékin a déjà par le passé pris des mesures visant des produits européens en réplique à des décisions européennes d’enquêtes ou de taxes visant des sociétés ou des produits chinois.

Le conflit s’aggrave

«Le conflit est assurément en train de dégénérer», a estimé Yao Wei, une économiste basée à Hongkong pour la Société Générale, en insistant sur les «très fortes» surcapacités de certaines industries chinoises qui sont à l’origine selon elle des problèmes actuels.

L’UE est le principal partenaire commercial de la Chine tandis que pour l’UE, la Chine arrive deuxième, derrière les Etats-Unis. Le montant annuel des exportations de vins et spiritueux européens vers la Chine dépasse 1 milliard d’euros (1,2 milliard de francs). Le premier exportateur européen vers la Chine est la France, avec 140 millions de litres de vin vendus en 2012, pour un montant de 788 millions de dollars, selon les douanes chinoises.

La Commission européenne a annoncé mardi l’instauration de taxes provisoires sur le solaire chinois, malgré les réticences de plusieurs Etats de l’UE et les craintes de représailles commerciales de Pékin.

Mesures progressives

L’exécutif européen a opté pour des mesures progressives: à partir du 6 juin, les taxes seront au taux de 11,8%, et passeront deux mois plus tard à 47,6% en moyenne si la Commission ne parvient pas à trouver un accord avec Pékin.

«La Chine s’oppose vigoureusement aux pressions exercées par l’Europe par le biais de ses taxes injustes visant les produits photovoltaïques chinois», a affirmé mercredi Shen Danyang, porte-parole du Ministère chinois du commerce. «La Chine n’est pas disposée à voir les relations générales entre la Chine et l’Europe se dégrader à cause des frictions commerciales sur le photovoltaïque», a ajouté le ministère.

«Cela apparaît comme une menace de guerre commerciale», a commenté Tao Jingzhou, un associé du cabinet juridique Dechert LLP China. Selon lui, la tactique choisie par Pékin pourrait soit se révéler contre-productive pour l’économie chinoise, soit «modifier le rapport de force à l’œuvre au sein de l’UE».

L’UE divisée

L’Union européenne est en effet apparue divisée sur ces sanctions contre la Chine. En plus des autorités chinoises, la Commission a dû affronter l’Allemagne et 17 autres Etats membres opposés à l’instauration de ces taxes.

Le 10 mai dernier, la Chine avait annoncé lancer une enquête antidumping sur les tubes sans soudure importés de l’UE, du Japon et des Etats-Unis, au surlendemain d’une première proposition de la Commission européenne de lourdement taxer les importations de panneaux solaires chinois.