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Xu Shaoshi, ministre chinois en charge de la Commission pour la réforme et le développement, à Pékin, le 6 mars 2016.
© Pan zhiwang

Conjoncture

Pékin résiste à la tentation de la relance, pour l'instant

La Chine vise désormais une fourchette, de 6,5 à 7%, pour la croissance de son PIB. Le déficit budgétaire augmente. Un ministre juge un atterrissage en catastrophe «impossible»

Impassible jusque-là, Xu Shaoshi a fini par hausser le ton, après une nouvelle question d’un journaliste étranger s’inquiétant du ralentissement de la croissance. «La Chine ne connaîtra jamais un atterrissage en douleur», a affirmé dimanche à deux reprises le ministre chinois en charge de la Commission pour la réforme et le développement.

Depuis samedi à Pékin se tient la réunion annuelle du parlement, l’Assemblée populaire nationale. A cette occasion sont annoncés aux quelques 3000 députés les objectifs économiques du pays. Cette année, la réunion revêt un caractère particulier puisque le 13ème plan quinquennal y sera formellement adopté, le premier plan rédigé sous la houlette du président Xi Jinping. En outre, cette feuille de route a son importance symbolique. L’URSS, l’ex-grand rival communiste, n’a pas survécu à son treizième plan, adopté en 1991.

Samedi, le premier ministre Li Keqiang a annoncé que la Chine visait pour cette année une croissance du produit intérieur brut (PIB) entre 6,5 et 7%. Pékin formule ainsi pour la première fois une fourchette et abandonne le terme «environ». En 2015, l’objectif était d’«environ 7%», pour 6,9% atteints, soit le chiffre le plus bas en vingt-cinq ans. Quantité d’autres objectifs ont été annoncés, comme une inflation à 3% (1,8% actuellement), et le remplacement de certaines taxes sur les entreprises par la TVA.

La fourchette de croissance va satisfaire les économistes qui estiment que Pékin disposera ainsi d’une plus grande marge de manœuvre pour rééquilibrer l’économie. Un rééquilibrage qui passe par l’absorption de surcapacités, jusqu’à 35% dans certains secteurs, et qui implique une moindre stabilité de la croissance. Face à ces «nombreux défis […], nous devons nous préparer à une rude bataille», a déclaré Li Keqiang.

Cependant, le niveau de 6,5%-7% est supérieur à plusieurs estimations, dont celle du FMI http://www.imf.org/external/country/CHN/index.htm
(6,3%). En outre, le déficit budgétaire est limité à 3% (2,4% en 2015), alors que les économistes tablaient sur davantage. Il y a bien une impulsion, mais «pas majeure», confirme Willy Lam, professeur à la Chinese university de Hongkong. «Cependant, si la croissance n’atteint pas les 6,5%, le gouvernement passera à l’action», anticipe le spécialiste de la Chine. Dans une note diffusée dimanche, Qu Hong, l’économiste en chef pour la Chine de HSBC, écrit aussi que «la politique budgétaire sera plus agressive si nécessaire», le gouvernement ayant encore de «la marge de manœuvre». Xu Shaoshi a en outre écarté tout problème d’endettement, alors que l’agence Moody’s juge désormais «négative» l’évolution de la dette chinoise, 247% du PIB.

L’emploi semble devoir déterminer la réaction budgétaire. Le rééquilibrage économique impose de fermer quantité d’usines, notamment les entreprises «zombies», comme Li Keqiang a qualifié ces unités maintenues en vie grâce aux aides de l’Etat et au crédit. Nombre d’économistes doutent d’ailleurs de la fiabilité du taux de chômage, que le gouvernement compte maintenir sous les 4,5% cette année.

Interrogé sur les licenciements, Xu Shaoshi a assuré que ce n’était «pas un problème grave». «En réalité, avance Willy Lam, l’emploi inquiète Pékin car une hausse du chômage pourrait provoquer de l’instabilité sociale, et donc menacer l’autorité du parti communiste.» L’an dernier, le nombre de manifestations liées au travail, notamment à la suite de fermetures d’usines, a doublé, selon les estimations du China labour bulletin, une organisation hongkongaise. Qu Hongbin a d’ailleurs relevé les 50 milliards de yuans (8 milliards de francs) que Pékin prévoit de dépenser en faveur des ouvriers licenciés. Un «signal clair», selon lui, que les réformes vont se faire.

Enfin, le gouvernement dispose d’un autre levier, la politique monétaire. Il y a dix jours, au sommet du G20 des finances à Shanghai, «le gouverneur de la Banque centrale chinoise, a pour la première fois évoqué une politique biaisée vers un assouplissement, alors que jusqu’à présent il la qualifiait de prudente», relève Willy Lam. Le patron de la PBOC aura l’occasion d’en parler cette semaine, puisqu’il s’exprimera samedi.

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