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Une mine de charbon en République tchèque.
© MICHAL CIZEK/AFP

Investissements

Pékin fait son shopping sur les bords de l’Elbe

A la recherche d’une porte d’entrée en l’Europe de l’Ouest, la Chine multiplie les investissements en République tchèque. Cela lui permet aussi d’influencer la politique en sous-main

A l’automne 2015, l’économie de la République tchèque s’est retrouvée sens dessus dessous. CEFC China Energy, un groupe pétrolier chinois, a racheté coup sur coup des parts dans l’équipe de foot FC Slavia Praha, une brasserie, une chaîne de télévision, une agence de voyages et la firme qui contrôle la compagnie aérienne nationale Czech Airlines. Il a aussi acquis des hôtels et de l’immobilier. «Cette virée shopping a duré moins de deux semaines», indique Ivana Karaskova, une chercheuse de l’Association for International Affairs qui a fondé le site Chinfluence.eu.

Peu auparavant, le directeur général de CEFC China Energy, Ye Jianming, avait été nommé conseiller spécial auprès du président tchèque, Milos Zeman. Le groupe basé à Shanghai a également choisi d’implanter son quartier général pour l’Europe à Prague. Et il a pris une participation de 9,9% dans J&T Group, une société financière tchèque.

Des projets à tout va

L’influence chinoise dans ce pays de 10 millions d’habitants ne se limite pas à CEFC China Energy. «Des investisseurs chinois ont acquis des sociétés locales spécialisées dans le forage de charbon, note Jan Weidenfeld, un expert du Mercator Institute for China Studies. Cela leur a donné accès à des techniques avancées dont la Chine a besoin pour l’extraction de matières premières.»

D’autres ont dressé des plans pour construire un immense spa de luxe en Moravie. La petite cité d’Olomouc, dans l’est du pays, a de son côté signé un accord de coopération économique et ouvert une ambassade dans la province du Fujian. Un canal reliant les bassins du Danube, de l’Oder et de l’Elbe a en outre été annoncé. Cerise sur le gâteau, lors d’une visite à Prague en 2016, le président Xi Jinping a promis 95 milliards de couronnes (4,2 milliards de francs) d’investissements, notamment dans le tourisme. Le pays avait déjà commencé à subir un afflux de visiteurs chinois, grâce notamment à la comédie romantique chinoise Somewhere Only We Know, filmée à Prague.

Pour Pékin, la République tchèque représente une porte d’entrée vers les marchés d’Europe de l’Ouest. «Nous sommes le pays du bloc de l’Est situé le plus à l’ouest, à proximité notamment de l’Allemagne», souligne Ivana Karaskova.

En quête d’influence politique

Mais, en prenant pied dans cet Etat, la Chine cherchait aussi à accroître son influence sur le plan politique. «Elle a ciblé un petit pays en manque d’investissements dont les élites sont faciles à coopter», juge Jan Weidenfeld. Plusieurs personnes proches du président Milos Zeman ont été placées à des postes clés au sein de CEFC China Energy, à l’image de l’ex-ministre de la Défense Jaroslav Tvrdik, nommé à la vice-présidence du QG européen.

Les effets se sont fait rapidement sentir. Lors de la visite de Xi Jinping en 2016, des militants pro-Tibet et pro-Xinjiang ont eu l’interdiction de manifester au centre-ville. «Un survivant de l’Holocauste s’est vu refuser une médaille sur pression de l’ambassade de Chine, car son neveu avait rencontré le dalaï-lama», complète Ivana Karaskova.

La République tchèque a en outre bloqué l’adoption de plusieurs résolutions de l’Union européenne condamnant l’aventurisme de Pékin en mer de Chine méridionale ou son bilan en matière de droits humains. «Et elle a vidé de sa substance un mécanisme proposé par la Commission européenne pour examiner de près les investissements chinois en Europe», dit Jan Weidenfeld. Un virage à 180 degrés pour ce pays qui, à l’époque de Vaclav Havel, a soutenu la dissidence chinoise et le dalaï-lama.

Des échecs en cascade

Mais depuis quelques mois, rien ne va plus entre Prague et Pékin. En mars, le patron de CEFC China Energy, Ye Jianming, a été arrêté en Chine pour corruption. En mai, l’antenne européenne de ce conglomérat a été reprise par le groupe chinois étatique Citic. Au même moment, elle a fait défaut sur une dette de 450 millions d’euros due à J&T.

D’autres projets ont aussi pris l’eau. Le canal reliant le Danube, l’Oder et l’Elbe a été suspendu, après avoir été à moitié construit. Tout comme le projet de spa en Moravie. L’arrivée au pouvoir fin 2017 du premier ministre Andrej Babis ne devrait rien arranger: il se méfie de la Chine après y avoir perdu une entreprise de fertilisants il y a une quinzaine d’années.

A lire: Ce rapport sur les investissements chinois en Grèce des analystes Plamen Tonchev et Polyxeni Davarinou (www.idos.gr)

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