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Pékin sort l’artillerie lourde pour soutenir le yuan

Les autorités chinoises ont réintroduit des contrôles sur le mouvement des capitaux dans l’espoir de freiner la baisse de leur devise face au dollar

Cette semaine, à première vue, les autorités chinoises ont donné raison à Donald Trump. Le président élu des Etats-Unis accuse Pékin de manipuler le yuan, en l’affaiblissant pour avantager les exportateurs. La Banque centrale (PBOC) et l’agence en charge des réserves de change (SAFE) sont de nouveau intervenues. Mais pour tenter de renforcer la devise, non la déprécier, et lui assurer une certaine stabilité.

En quelques jours, Pékin a pris une série de mesures pour contrer le repli du renminbi. «Il y a quelques semaines encore, les autorités chinoises paraissaient maîtriser la situation, explique un banquier hongkongais. Depuis plusieurs mois, elles laissaient le yuan filer un peu, puis le stabilisaient, avant de le laisser s’affaiblir de nouveau. Mais après l’élection de Donald Trump en novembre, elles n’ont rien pu faire et la devise a cédé près de 4%.» En un an, le renminbi s’est déprécié de plus de 6%.

Abaissement du seuil

Preuve que la PBOC défend sa monnaie, les réserves de change de la Chine ont fondu d’un quart depuis leur pic, mi-2014, à près de 4000 milliards de dollars. A 3120 milliards fin octobre, elles sont au plus bas depuis mars 2011, même si elles restent les plus élevées du monde, cinq fois celles de la Banque nationale suisse. Vendre les réserves pour soutenir le yuan ne suffisait visiblement plus. Cette semaine, Pékin a pris plusieurs décisions, contredisant la politique poursuivie jusqu’ici. Car depuis plusieurs années, la Chine laisse plus de place à l’offre et la demande pour décider du cours du yuan. Ces efforts ont permis d’inclure cet automne la devise dans le panier des monnaies de réserves internationales du FMI.

Deux mesures ont particulièrement frappé les milieux financiers. La première abaisse de 50 millions à 5 millions de dollars le seuil à partir duquel SAFE peut bloquer tout investissement à l’étranger. Seules les transactions «véritables» recevront un feu vert. Autrement dit, celles qui visent à mettre des capitaux à l’abri pour se protéger contre de la faiblesse du yuan seront bloquées.

Deuxième mesure, un plafond est imposé aux entreprises non financières qui souhaitent transférer des fonds à l’étranger. Le transfert ne peut dépasser 30% des capitaux de la société et les banques chargées de la transaction doivent en demander le but. Là encore, l’idée est d’empêcher que ces fonds, une fois sortis de Chine, puissent être échangés contre des dollars, ce qui accentueraient la pression à la baisse sur le renminbi.

Nouvelle dépréciation attendue

D’autres dispositions ont été prises récemment. Les Chinois ne peuvent plus aussi facilement souscrire à des produits d’assurance à Hongkong. Unionpay, le plus grand émetteur de cartes de débit et de crédit, doit bloquer les transactions qui ne sont pas strictement liées à la couverture des seuls risques de santé, d’accident ou de voyage. Pékin s’inquiétait de voir le système utilisé pour contourner les 50 000 dollars maximum que les Chinois ont chaque année le droit d’obtenir contre des yuans.

Ces mesures atteindront-elles leur but? Vendredi, le renminbi s’est stabilisé. Mais la cinquantaine d’analystes interrogés par Reuters s’attend à une nouvelle dépréciation. «Le yuan est toujours surévalué si l’on prend les données à long terme», confirme John Woods. Le chef des investissements pour l’Asie-Pacifique chez Credit Suisse présentait jeudi à Hongkong ses prévisions pour l’an prochain: «Nous nous attendons à ce qu’il se déprécie de manière graduelle jusqu’à 7,3 yuans pour un dollar d’ici la fin 2017», contre 6,9 vendredi.

Surtout, la faiblesse du yuan ne vient pas que de l’économie chinoise, que John Woods voit d’ailleurs se stabiliser. Comme d’autres économistes, il rappelle la hausse attendue des taux d’intérêt aux Etats-Unis et la politique de relance économique de Donald Trump pour expliquer la force du dollar. D’ailleurs, contre le franc et l’euro, le yuan s’est apprécié de 3% depuis début novembre.

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