A Pékin, un show politique pour clarifier les projets du pouvoir

Politique Le premier ministre chinois s’exprime ce mercredi devant les représentants – non élus – du peuple

Rarement une décimale aura focalisé autant l’attention. Pour son premier grand discours annuel devant l’Assemblée nationale populaire, le premier ministre chinois va très probablement sacrifier à la tradition, ce mercredi, et délivrer une allocution-fleuve balayant toutes les actions mises en œuvre par son gouvernement ainsi que ses projets pour l’année à venir. Mais la plupart des analystes auront les yeux rivés sur un chiffre: l’objectif de croissance que se fixe la Chine. Selon qu’il maintient ce chiffre à 7,5% ou le rabaisse à 7%, Li Keqiang enverra un puissant message quant aux intentions de Pékin en matière de pilotage des réformes.

Deux camps s’opposent, et leurs divergences résument le défi que doit relever la deuxième économie mondiale. D’un côté, les partisans d’un objectif de croissance plus faible insistent sur l’urgence de la réforme. Li Keqiang lui-même avait fait savoir, en novembre, qu’une croissance à 7,2% suffirait à maintenir l’emploi dans le pays. Lou Jiwei, le ministre des Finances, avait même jugé, lors d’une réunion aux Etats-Unis, qu’une croissance de 6,5% ne «serait pas un gros problème». Diminuer l’objectif d’expansion du PIB serait un signal fort envoyé au monde, démontrant que Pékin est déterminé à réorienter son économie vers une dynamique plus saine, fût-ce au prix d’un assagissement du rythme de développement du pays. Et une façon de répondre aux inquiétudes croissantes devant un pays dont l’expansion s’avère avoir été terriblement coûteuse aux plans financier et écologique.

Concept de stabilité

En face, les partisans du statu quo se rangent derrière le concept de stabilité, mot clé de toute la politique chinoise. Ils constatent que les nuages se sont rapidement accumulés dans le ciel chinois ces derniers mois et jugent essentiel de maintenir l’activité économique à son niveau actuel pour éviter toute dégradation du climat social. Jusqu’à présent, ce sont eux qui semblent avoir obtenu gain de cause.

Au printemps 2013, face à un ralentissement économique plus fort que prévu, des mesures de soutien à l’économie avaient été décidées, permettant à la Chine de ­rebondir. Mais ce rebond est terminé: mois après mois, la dynamique de la production manufacturière ralentit. Et le retour, sur les marchés, de la méfiance à l’égard des grands pays émergents n’épargne pas la Chine, soupçonnée d’avoir fait tourner la machine à crédit de façon incontrôlée. Sur le marché des changes, le yuan connaît actuellement une volatilité inédite. S’ajoutent à ce contexte tendu une exaspération populaire de plus en plus palpable au sujet de la pollution, et une fébrilité nouvelle au plan sécuritaire. Un attentat au couteau perpétré, selon Pékin, par une dizaine de Ouïgours, a fait une trentaine de morts, samedi dernier, dans une gare du sud de la Chine. Le Parti communiste chinois avait rassuré les milieux économiques, à l’automne 2013, en s’engageant sur un programme de réformes extrêmement ambitieux, dont l’un des principes fondamentaux était de laisser le marché jouer un rôle «décisif». Quoique avec une grande prudence, il a esquissé des mesures allant dans ce sens en matière financière. Mais l’essentiel des autres décisions annoncées ont été consensuelles: assouplissement de la politique de l’enfant unique, amélioration du système de retraites, ou encore abolition des camps de travail. On devrait avoir une idée plus précise, aujourd’hui, de sa détermination à s’attaquer aux sujets qui fâchent.