Une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine est bel et bien déclenchée. Malgré la libéralisation du commerce de textile depuis janvier, Washington refuse toujours le libre accès aux produits chinois. Et, pour maintenir la pression, pas moins de six projets de loi exigeant des mesures de rétorsion contre la Chine se trouvent devant le Congrès américain. Ce qui n'empêche pas les deux puissances de maintenir le dialogue.

C'est dans ce contexte que la Commission sino-américaine sur le commerce (JCCT) s'est réunie lundi au plus haut niveau à Pékin. «Nous avons fait des progrès, mais la Chine doit mieux respecter la propriété intellectuelle», a déclaré Carlos Gutierrez, le secrétaire américain au Commerce, à l'issue de la rencontre. Washington en fait une priorité: les multinationales, à l'instar de Microsoft, Apple ou Cisco, évaluent à 60 milliards de dollars par an le manque à gagner à cause des contrefaçons sortant des ateliers chinois.

Pékin ne dément pas. Le développement fulgurant de certaines villes suggère qu'il a même encouragé le phénomène. Ainsi Yiwu, autrefois petite bourgade inconnue dans la province du Guangdong, mais désormais ville prospère grâce à l'industrie du piratage, est montrée comme modèle. Entre 15 et 30% de la production industrielle chinoise serait composée de contrefaçons, ce qui représente 30 à 40 millions d'emplois ou 10% de l'économie.

La Chine ne peut toutefois pas violer éternellement les droits liés à la propriété intellectuelle. D'autant plus qu'elle a ratifié les conventions internationales sur le sujet. A la fin juin, le China Internet Information Centre, une officine gouvernementale, faisait état de mille affaires et de 2600 suspects liés aux violations de la loi sur la propriété intellectuelle devant la justice. «La Chine a pris un certain nombre de mesures, a reconnu Robert Portman, chef négociateur américain au Commerce. Mais elle doit renforcer davantage la législation pour combattre les programmes informatiques, mais aussi la musique et les films piratés qui sont vendus illégalement dans les magasins, dans les rues ou sur Internet», a-t-il insisté. La JCCT n'a pas avancé sur le litige à propos du textile. Elle n'a pas non plus abordé la question du yuan, la monnaie chinoise, que Washington estime sous-évalué et responsable de l'énorme déficit commercial bilatéral de 162 milliards de dollars en 2004 en faveur de la Chine. Il devrait encore se creuser ces prochains mois: les exportations globales chinoises ont progressé de 32,7% et les importations de 14% au premier semestre 2005.