Une bonne stratégie d’investissement se fonde sur une analyse, et généralement l’analyse la plus juste est récompensée par les gains les plus importants. Il faut également considérer ce que «pense le marché», qui se jauge notamment au travers du prix des actifs.

Depuis janvier de cette année, le message émis par les marchés boursiers concernant le cycle macroéconomique est plutôt positif car ils affichent pour la plupart de très bons résultats, et certains ont même récemment marqué des plus hauts historiques. Par contre, du côté des rendements obligataires, le message est plus pessimiste. Le taux d’intérêt à 10 ans se situe à 2,1% aux Etats-Unis, à zéro au Japon, à 0,3% en Allemagne, et à – 0,2% en Suisse, dépeignant un scénario à la limite de la récession ou de l’imminence d’un événement critique, comme une guerre.

Relèvement des taux peu probable

Cherchons plus loin et nous découvrons par exemple que la probabilité que la Fed hausse ses taux, découlant des prix des contrats futurs, se situe aujourd’hui à 36% à l’horizon de décembre. La majorité ne s’attend donc pas à une hausse des taux aux Etats-Unis d’ici à décembre, ce qui va dans le sens des marchés obligataires et de leur vision pessimiste des choses.

De même, Bloomberg, la société d’informations financières, calcule une prévision moyenne à 2,4% annualisés du produit intérieur brut (PIB) américain au troisième trimestre (évolution trimestrielle multipliée par quatre) – un chiffre qui pourrait effectivement justifier une politique monétaire encore très accommodante.

Anticipations déconnectées de la macro

Pour sa part, la Fed d’Atlanta – qui mesure les statistiques macroéconomiques au fur et à mesure de leur publication et calcule le PIB correspondant – estime le PIB pour le troisième trimestre à 3,4% annualisés, soit un chiffre bien plus élevé qui mériterait normalement un resserrement de la politique monétaire. Ainsi, les anticipations des intervenants des marchés financiers diffèrent de l’évolution macroéconomique que l’on observe.

Comment expliquer l’apparente schizophrénie des marchés boursiers et des marchés obligataires? Les banques centrales et l’expansion de leurs bilans peuvent expliquer une partie de la dichotomie permettant à toutes les classes d’actifs de monter en même temps. Pour le reste, il faut soit se faire sa propre opinion, soit bien choisir son conseiller financier, car tout le monde ne peut pas avoir raison en même temps. Bien investir demande un effort au-delà de notre capacité financière. Comme le disait Amonbofis dans le film Mission Cléopâtre: «Pas de pierre: pas de construction. Pas de construction: pas de palais. Pas de palais: pas de palais.»