En Haute-Savoie, les jeunes boudent l’industrie

Mécanique Pénurie d’apprentis

En Haute-Savoie, département qui recense 36 500 chômeurs dont 4700 âgés de moins de 25 ans, les chefs d’entreprise éprouvent toutes les peines à recruter.

Illustration avec le secteur du décolletage, soit la fabrication de pièces de mécanique de haute précision, de la vallée d’Arve dont quatre employeurs sur cinq disent avoir du mal à trouver de la main-d’œuvre. La Suisse toute proche aux salaires attractifs séduit, on le sait, les apprentis fraîchement diplômés, notamment dans la sous-traitance automobile, mais cela n’explique pas tout.

Pour Jérôme Akmouche, directeur du Syndicat national du décolletage (SNDec), c’est aussi la mauvaise image véhiculée par l’entreprise industrielle, «à l’origine d’un désamour», qui est mise en cause. Le SNDec a tenu du 2 au 6 mars à la Roche-sur-Foron (Haute-Savoie) son salon des métiers de l’industrie et de l’entreprise (Smile). Ce rendez-vous, qui en est à sa 7e édition, invite les collégiens et les lycéens à découvrir les professionnels de l’usinage et du décolletage. En sept années, plus de 15 000 jeunes visiteurs s’y sont rendus, dont 2500 cette année.

Du bruit à l’innovation

«A l’entrée du salon, nous demandons aux jeunes en trois mots ce que pour eux l’usine représente, ils répondent bruit, machines et patrons. A la même question à la sortie, ils parlent d’équipe, d’innovation et d’avenir», relève Jérôme Akmouche.

Originalité du salon: une entreprise industrielle y est reconstituée avec ses ateliers et la présence de machines-outils. Cette année, les élèves ont pu suivre pas à pas la conception et la production d’une lampe de poche le long de douze espaces métiers reconstitués dont le secteur de production mais aussi la zone de gestion. Les résultats depuis trois ans sont encourageants: les effectifs des classes liées au secteur industriel sont en hausse «avec parfois des taux de remplissage qui approchent 96% dans la filière de l’usinage», indique Jérôme Akmouche. Mais il faudrait faire encore beaucoup mieux. Le secteur du décolletage qui emploie en Haute-Savoie 9900 salariés (deux tiers des effectifs nationaux de la filière) pour 660 établissements sort peu à peu de la crise. Le chiffre d’affaires de 2014 est 5% plus élevé que celui de 2013 avec la reprise du marché de l’automobile en Europe et la croissance dans les pays émergents.

Trop de départs à la retraite

Il faut en conséquence embaucher pour répondre aux commandes, mais la chose est loin d’être aisée. Le syndicat de la métallurgie indique de son côté que 80 000 emplois vont être perdus dans les dix ans «à cause des départs à la retraite». L’Etat français a réagi en augmentant au niveau national les moyens dédiés notamment aux centres de formation des apprentis et en proposant des incitations financières (exonération de cotisations et primes de 1000 euros accordées aux PME).

Mais dans le même temps la Chambre de commerce et d’industrie de Haute-Savoie (CCI) déplore que les aides financières pour l’apprentissage post-bac et les moyens octroyés aux CCI soient en diminution «alors que nous formons 100 000 apprentis par an, soit un sur quatre en France», indique Guy Métral, président de la CCI de Haute-Savoie.