Grand Genève 

Pénurie de logements: l’abracadabrant calcul des autorités

Une étude avance qu’un retour sur sol genevois des 100 000 travailleurs résidant hors du canton pourrait ramener jusqu’à 700 millions de francs dans l’économie genevoise. Or, ce chiffre ne tient pas compte des charges que ces nouveaux habitants engendreraient

Jusqu’à 700 millions de francs. Voilà le bénéfice dont pourrait bénéficier l’économie genevoise si un tiers des actifs qui résident au-delà des frontières cantonales, soit 100 000 personnes, décidaient de s’installer à Genève. Ce chiffre – brandi par la Chambre genevoise de commerce et d’industrie (CCIG) et le Département cantonal du logement (DALE) – a été extrait d’une étude qu’ils ont commandée auprès de la Haute école de gestion et dévoilé ce mardi lors d’une conférence de presse. Près de 600 personnes situées dans les départements de l’Ain et de la Haute-Savoie ainsi que dans le district de Nyon ont été sélectionnées pour participer à cette enquête.

Parmi les résultats les plus pertinents, les auteurs de l’étude relèvent qu’un ménage sur deux, domicilié dans l’Ain ou la Haute-Savoie, envisagerait de s’établir dans le canton pour autant qu’il puisse y trouver un logement similaire, une fourchette de prix équivalente ou une qualité de vie identique. Pour ceux résidant à Nyon et ses environs, ce taux fléchit à 16%. Au total, près de 16 000 ménages se disent donc intéressés à habiter le canton, de quoi faire frémir à la hausse le PIB genevois entre 1,1% et 1,5%, soit entre 530 et 700 millions de francs.

Des charges non-chiffrées

Voilà pour les recettes, mais que dire des charges que ces nouveaux arrivants engendreraient? C’est là que le bât blesse. Sur les 49 pages que dénombre l’étude, seules 4 d’entre elles s’affairent à préjuger de l’incidence sur les finances publiques, en termes de nouvelles infrastructures ou de dépenses de santé, par exemple. Et aux auteurs de conclure: qu’ils ne sont pas en mesure de chiffrer précisément cet impact…

Sans ces données cruciales, peut-on vraiment se forger une opinion quant à l’opportunité économique de rapatrier ce tiers d’actifs qui échappe au canton? Apparement oui, à en croire le ministre du logement. Le conseiller d’Etat Antonio Hodgers n’a pas manqué de rappeler «la nécessité de privilégier une offre diversifiée de logements, dont fait partie la propriété, pour répondre aux besoins de la population». Et de vanter le travail étatique qui «redouble d’efforts en faveur de la construction» de nouvelles habitations, notamment sur le futur site Praille-Acacias-Vernets. Un message que martèle l’écologiste, le magistrat s’étant exprimé trois fois sur ce sujet en moins de deux semaines. A ceux qui l’auraient oublié, le canton de Genève renouvellera son Conseil d’Etat en 2018. C’est-à-dire demain.

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