Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances.
© Adam Berry/Getty Images

Analyse

Le «père de l’austérité» en route vers son 13e mandat

Wolfgang Schäuble, qui fête ses 75 ans dans deux semaines, devrait rester ministre allemand des Finances après les élections fédérales. Pour l’avenir de l’Union européenne et de la politique allemande, sa présence importe presque autant que celle d’Angela Merkel

Caricaturé en nazi en Grèce, traité de criminel par des personnalités comme le professeur de l’IHEID Charles Wyplosz, Wolfgang Schäuble est moins apprécié à l’étranger que dans son pays. Cet indestructible ministre allemand des Finances, paralysé des membres inférieurs depuis l’attentat dont il a été victime en 1990, occupe le rôle de sa vie et n’a nulle envie de prendre sa retraite.

Considéré comme le père de l’austérité en Europe, sa probable présence dans le futur gouvernement paraît un événement aussi important pour le Vieux Continent que le renouvellement du mandat d’Angela Merkel. D’ailleurs «c’est le vice-chancelier allemand», analyse la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) de ce dimanche.

A lire aussi: Charles Wyplosz: «Wolfgang Schäuble est un criminel»

L’homme qui impose ses idées de prudence budgétaire à l’Europe afin d’assurer la survie de l’euro se présente ce mois-ci pour un 13e mandat au Bundestag. La prolongation de sa carrière aux finances est crainte par tous ceux qui veulent en finir avec une politique qui profiterait davantage à l’Allemagne qu’à la périphérie de l’Union européenne (UE). Le maintien des équilibres budgétaires renforce la valeur de l’euro et rend de moins en moins compétitifs les pays du Sud.

Un francophone très différent de la vision de Macron

S’il est francophone, né à Fribourg-en-Brisgau, Wolfgang Schäuble veut, comme Emmanuel Macron, renforcer l’Union européenne (UE), mais d’une manière totalement différente de celle du nouveau président français. D’ailleurs le ministre allemand est critique à l’égard de la vision européenne de la «Grande Nation» et d’Emmanuel Macron, qui consiste à «européaniser les dettes».

A lire aussi: En provenance de la Grèce, un colis piégé envoyé au Ministère allemand des finances

L’effort qu’il exige des autres, Wolfgang Schäuble l’épargne souvent à son pays. S’il impose une baisse des rentes à la Grèce et à d’autres pays du sud, il évite une telle politique à l’Allemagne. «Ce qui le rend impopulaire à l’étranger semble accroître sa popularité en Allemagne», constate la FAZ. Car, pour ce luthérien convaincu, l’UE n’a pas d’avenir si elle ne respecte pas les règles qu’elle s’impose.

Même les Etats-Unis se brisent sur cet homme de confiance d’Angela Merkel. La FAZ raconte que durant l’été 2012, en pleine crise de la dette publique dans la zone euro, le ministre américain des Finances lui avait rendu visite à Sylt, le lieu de vacances balnéaires préféré des Allemands, pour tenter de modifier sa politique. Sans le moindre effet.

De Ludwig Erhard à Angela Merkel

L’homme qui fête ses 75 ans le 18 septembre prochain est un monument de la politique allemande. Lors de son premier mandat, en 1972, il a côtoyé des figures telles que Ludwig Erhard (1897-1977), le responsable du miracle allemand à la sortie de la guerre, figure de l’ordolibéralisme rhénan et créateur du deutsche mark. Wolfgang Schäuble a aussi été celui qui, ministre de l’Intérieur du gouvernement d’Helmut Kohl, a négocié les termes de la réunification allemande.

Le ministre des Finances n’est pas toujours sur la même ligne qu’Angela Merkel. Il considère le problème grec comme une menace d’«infection» pour la zone euro si le gouvernement ne respecte pas ses engagements, alors que la chancelière craint un effet domino si un pays sort de la monnaie unique.

Mais c’est lui qui est parvenu à proposer une augmentation des dépenses pour accueillir les réfugiés, qui a imaginé l’accord entre l’UE et la Turquie et qui a reconnu le besoin d’accroître les dépenses militaires dans l’UE. Malgré ces coûteux engagements, l’Allemagne devrait respecter le critère de Maastricht, en termes d’endettement maximum (60% du produit intérieur brut).

L’impact de la BCE

Son aura est peut-être surfaite. Le gouvernement n’a rien fait pour la bonne tenue de la conjoncture ces douze dernières années, affirme Daniel Stelter, auteur du blog «Beyond the Obvious». Le mérite reviendrait davantage à Gerhard Schröder et à ses politiques de libéralisation du marché du travail, et depuis la crise de 2008 à la Banque centrale européenne (BCE). «C’est l’assouplissement quantitatif de la BCE qui a permis à la zone euro de ne pas disparaître», explique-t-il.

Les bas taux d’intérêt ont fait économiser 240 milliards d’euros au gouvernement allemand depuis 2006. Ils ont poussé les prix de l’immobilier à la hausse, ce qui a accru la confiance intérieure. Les taux bas ont affaibli l’euro et donc profité à l’industrie d’exportation. Même l’échec de la politique migratoire allemande a renforcé la conjoncture locale dans la mesure où elle s’est traduite par des dépenses budgétaires supplémentaires.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)