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La performance des caisses de pension: pourquoi, comment, pour qui?

A fin 2002, le système du deuxième pilier est mis en doute par certains,

A fin 2002, le système du deuxième pilier est mis en doute par certains, affecté par la baisse exceptionnelle des marchés financiers. Fin 2005, les performances extraordinaires réalisées par les Bourses donnent à tous les assurés des attentes ambitieuses pour leur prévoyance professionnelle. Essayons d'éclairer pourquoi la performance est nécessaire, comment elle est générée et à qui elle est destinée?

Pourquoi?

Le système du deuxième pilier en Suisse repose sur la capitalisation, c'est-à-dire un principe d'épargne des cotisations versées pour le financement de sa retraite. Le capital ainsi constitué est consommé dès l'âge de la retraite sous forme de rentes de retraite ou de capital. Cette épargne accumulée par l'assuré est rémunérée tout au long de sa carrière, avec comme premier objectif de compenser l'inflation et si possible d'améliorer la rente future.

Cette performance est aussi nécessaire pour le rentier. Elle permet de garantir le versement de sa rente qui a été calculée compte tenu d'un taux d'intérêt déjà escompté pour le futur. Une performance excédant ce taux peut notamment permettre le financement d'une revalorisation de la rente versée.

Aussi bien pour l'assuré actif que pour le rentier, la performance est une composante essentielle à la constitution et à la garantie des prestations de retraite.

Comment?

Le placement de l'épargne accumulée permet d'obtenir une performance financière. La loi impose des règles quant aux placements autorisés et fixe aux conseils de fondation - organes suprêmes des caisses de pension - des objectifs de sécurité, de rendement raisonnable, de répartition des risques et de liquidités.

En pratique, les caisses de pension placent l'argent des assurés et pensionnés - soit plus de 500 milliards de francs - essentiellement en obligations, en actions, en immeubles et en placements alternatifs.

La répartition entre les différentes catégories s'appelle la stratégie de placement. Elle est de la responsabilité du conseil de fondation et varie en fonction des caractéristiques propres à la caisse de pension (structure de l'effectif des assurés, situation financière, etc.) et de la sensibilité du conseil. La stratégie joue un rôle essentiel quant au niveau de la performance obtenue, compte tenu de l'évolution des marchés financiers.

La fin des années 1990 a permis d'enregistrer d'excellentes performances. 2001 et 2002 restent gravées dans les mémoires comme deux années catastrophiques durant lesquelles des performances négatives allant jusqu'à -15% ont été enregistrées. 2004 fut un petit cru. 2003 mais surtout 2005 sont les excellents millésimes de ce début de siècle. En 2005 de nombreuses caisses de pension enregistrent une performance comprise entre 10 et 15%.

Pour qui?

Les assurés sont les propriétaires de leur caisse de pension. Il n'y a pas d'actionnaire. La performance leur appartient donc. Le conseil de fondation décide d'entente avec son expert en prévoyance de l'utilisation de la performance réalisée. Sa responsabilité demeure de garantir à tous les assurés actifs et pensionnés leurs prestations de prévoyance à long terme (certains assurés peuvent passer 75 ans au sein de leur caisse, soit de 20 à 95 ans). Pour ceci et compte tenu de la volatilité des marchés financiers, il doit constituer des réserves de fluctuations. Ces réserves permettent d'absorber les pertes des mauvaises années boursières et de lisser les résultats, afin d'éviter tout découvert.

Lorsque la situation financière de la caisse est saine, le conseil de fondation pourra faire profiter les assurés et les rentiers de la performance réalisée. En fonction de la structure de la caisse, il pourra améliorer le taux d'intérêt octroyé à l'épargne accumulée de chaque assuré actif, revaloriser les rentes des pensionnés, adapter la couverture des prestations assurées, introduire de nouvelles prestations, etc.

Ces dernières années, les marchés financiers ont conduit les caisses de pension à prendre des mesures d'assainissement, souvent en renonçant à l'octroi d'un intérêt. Aujourd'hui la situation s'est considérablement améliorée grâce à la performance réalisée, mais les caisses doivent encore faire preuve de prudence et reconstituer les réserves qui ont été utilisées. Toutefois l'appétit des assurés est grand. Leur intérêt personnel à court terme prévaut souvent contre une vision prudente à long terme. Le conseil de fondation devra lui veiller, d'une part, à la sécurité de la caisse et, d'autre part, à faire bénéficier partiellement les assurés de l'excellente performance réalisée. Ce dernier objectif est d'autant plus important lorsque les assurés ont dû consentir, ces dernières années, à des efforts lors de mesures d'assainissement. Ainsi, on voit déjà des conseils de fondation décider de l'attribution d'un taux d'intérêt de 3 à 4% pour faire bénéficier leurs assurés d'un taux supérieur au taux d'intérêt LPP de 2,5% fixé par le Conseil fédéral.

Les rentiers bénéficient toujours d'un taux d'intérêt, souvent de 4%, intégré dans le calcul de leur rente. Ils ont bénéficié d'un avantage par rapport à leurs anciens collègues actifs ces dernières années. Dès lors et par équité, la revalorisation de leur rente n'est pas encore envisageable, mais chaque conseil de fondation se doit de suivre l'évolution de la situation. L'évolution des marchés financiers pourrait permettre de reconsidérer les rentes versées, qui sont généralement demeurées inchangées ces dernières années.

Le sel des caisses de pension

Le sel est à la gastronomie ce que la performance est aux caisses de pension. Son utilisation doit être prudemment dosée. Dans tous les cas la performance appartient aux assurés. Sa répartition est de la compétence du conseil de fondation qui doit agir avec une vision prudente à long terme. L'attribution de la performance relève de l'art du dosage. Elle mérite explications et transparence au sein de chaque caisse à l'intention des assurés et des rentiers. Seule la prise de conscience par les assurés du rôle à long terme de la performance leur permettra de comprendre les décisions d'attribution prises par le conseil de fondation et renforcera la transparence et la confiance à l'égard de la prévoyance professionnelle.

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