«Si un parallélisme peut être établi à l'observation d'autres crises, les problèmes rencontrés par la Turquie à la fin de l'année 2000 rappellent ceux du Mexique en 1994, marqués surtout par une crise du système bancaire.» Les propos de Jacqueline Grenon, analyste financière auprès de Pictet & Cie, corrobore le rapport de l'OCDE sur l'économie turque rendu public jeudi. Selon l'organisation qui siège à Paris, l'élément qui a déclenché la crise, entamée à la fin du mois de novembre dernier, a été l'apparition de problèmes financiers dans un certain nombre de banques qui «avaient misé agressivement sur une poursuite de la baisse des taux d'intérêt en procédant à des placements à long terme largement financés par des emprunts à court terme».

L'aggravation du déficit des paiements et les retards pris dans le programme de privatisation engagé par l'Etat turc (Turk Telekom et le transporteur national Turkish Airlines) ont impliqué une hausse des taux d'intérêt à partir de septembre. Ce mouvement haussier a poussé les banques à «céder leurs portefeuilles d'obligations d'Etat pour préserver leur liquidité face à l'accroissement de leurs coûts de financement». Les rumeurs de possibles cessations de paiements se sont alors répandues, poussant les banques fiables à supprimer leurs lignes de crédit et les investisseurs internationaux inquiets à se retirer. Appelée à répondre à la pénurie de liquidités, la banque centrale n'a pu endiguer la hausse folle des taux d'intérêt au jour le jour (voir graphique) intensifiée par les sorties de capitaux. Seule l'annonce le 6 décembre, d'une enveloppe de 10 milliards de dollars promise par le Fonds monétaire international (FMI), dont 7,5 milliards au titre des Facilités de réserves supplémentaires (FRS), a permis un désamorçage de la crise.

Privatisations exigées

L'institution de Bretton-Woods a lié son prêt à certaines conditions, dont l'assainissement du secteur bancaire et la réalisation du programme de privatisations. Cet apport de liquidités, explique Jacqueline Grenon, a permis «d'éviter une entrée en récession» de la Turquie, tant redoutée dans un pays précédemment touché par les crises financières russe et sud-américaine (1998) et surtout par un dévastateur tremblement de terre (1999).

Au lendemain de cette crise, l'OCDE évalue la progression annuelle de l'économie turque à 4,9% (7% en 2000). Le défi pour le gouvernement d'Ankara consiste désormais à consolider la reprise actuelle pour en faire une tendance de fond sur le long terme et accroître le train de vie de la population turque. Des mesures importantes pour renforcer la surveillance du système bancaire, notamment à travers la mise en place d'une Agence de surveillance bancaire indépendante et l'introduction de règles prudentielles internationalement reconnues, sont préconisées par l'OCDE.

A cet égard, «le programme actuel de stabilisation offre les meilleures chances, sans doute pour une période de temps considérable, de rejoindre la voie d'une croissance équilibrée, non inflationniste, tout en réalisant la convergence vers l'Union européenne», estime l'organisation. La candidature de la Turquie a été acceptée l'an dernier par l'Union européenne, mais Ankara n'a pas été autorisé, à l'inverse de douze autres pays également candidats à l'élargissement de l'UE, à entamer les discussions devant mener à son intégration.