Suite à la décision du parlement helvétique, en 1998, d'ouvrir le réseau ferroviaire suisse à la concurrence étrangère, les Chemins de fer fédéraux (CFF) ont entamé leur mutation. Matthias Finger, professeur à l'Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), revient sur les changements vécus par le rail en Suisse. Entretien.

Le Temps: Pouvons-nous comparer la dérégulation décidée en Grande-Bretagne au processus engagé par les CFF en

Suisse?

Matthias Finger: Non, on n'est pas en train de privatiser le rail en Suisse, mais de transformer les CFF en une société anonyme de droit public. L'entreprise existe toujours. Il y a simplement aujourd'hui une séparation organisationnelle des activités entre le trafic Voyageurs (personnes privées), Cargo (marchandises) et infrastructures (entretien des trains).

– Pensez-vous que la Suisse se dirige à terme vers une privatisation identique à celle décidée outre-Manche?

– Personne ne veut suivre le modèle anglais d'une privatisation totale du système ferroviaire. Le chemin de fer n'est pas une activité rentable. Dans cette perspective, l'apport de subventionnements publics s'avère essentiel. Il n'y a d'ailleurs pas à l'heure actuelle de discussions sur une vente des CFF.

– Les utilisateurs anglais sont inquiets pour leur sécurité. Les sous-investissements pratiqués par les entrepreneurs expliquent ce souci. La rationalisation entamée par les CFF en Suisse implique-t-elle pareille inquiétude?

– Critiquant la politique menée par les CFF, les syndicats estiment que les restructurations menées par les CFF posent des interrogations sur la qualité du travail produit. Il est évident qu'il y a une pression sur la productivité dictée par la direction. En Grande-Bretagne, les problèmes de sous-investissements sont liés au manque de pouvoir du régulateur. Cette question ne se pose pas en Suisse.