L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis occupe une place centrale dans les prévisions des experts pour 2017. Avec une hausse du produit intérieur brut (PIB) attendue à 2,3% en 2017, après 1,5% cette année, l’économie américaine devrait être la locomotive de la croissance mondiale l’an prochain. Celle-ci est estimée à 3,3% l’an prochain par les prévisions de l’OCDE, contre 2,9% en 2016.

L’augmentation des dépenses d’infrastructures et les baisses d’impôts promises par le président élu contribuent à cet optimisme. «Si l’ampleur et le timing de ce soutien restent encore incertains, ses effets n’en seront pas moins perceptibles dès 2017, et surtout en 2018», analyse Anton Brender, chef économiste chez Candriam. Selon Mirabaud Asset Management, la hausse des investissements en infrastructure aux Etats-Unis peut ajouter un demi-pour-cent de plus à la croissance américaine.

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En Chine, un ralentissement contrôlé de la croissance à 6,3% est attendu pour 2017. La progression du PIB de la zone euro atteindra, elle, au mieux 1,6%. Une certaine prudence reste de mise pour la Suisse. Jeudi, l’institut KOF a revu à la baisse sa prévision de croissance du PIB helvétique à 1,6% pour 2017, contre 1,8% anticipé en septembre.

2017, l’année de la «reflation»

Les craintes déflationnistes ont largement disparu des brochures en papier glacé, laissant place au terme en vogue de «reflation», qui se caractérise par une accélération des prix et de la croissance. Dans la zone euro, la hausse des prix atteindra 1,3%. En novembre, l’inflation y a grimpé à 0,6%, son plus haut niveau depuis 31 mois. Aux Etats-Unis, elle dépassera aisément les 2%, l’objectif visé par la Réserve fédérale (Fed). En Suisse, l’inflation reviendra en territoire positif en 2017, mais loin des 2% visés par la Banque nationale. Ainsi, «la BNS peut poursuivre une politique monétaire très expansive», analyse Thomas Stucki, chef économiste de la Banque cantonale de St-Gall.

Les actions américaines peuvent encore progresser

Les actions américaines peuvent encore progresser, selon de nombreux experts. Selon UBS, les bénéfices des entreprises devraient augmenter de 8% en 2017. Les valeurs cycliques, en particulier les banques et les assurances aux Etats-Unis, sont favorisées par Mirabaud. De son côté, Credit Suisse privilégie les titres de la santé et de la technologie. Malgré tout, certains facteurs sont susceptibles de jouer les «rabat-joie» d’ici au milieu d’année, prévient Thomas Stucki. En fait partie une politique monétaire devenant plus restrictive aux Etats-Unis – et l’attente que celle-ci le deviendra tôt ou tard aussi en Europe.

«Toute nouvelle hausse des rendements des obligations d’Etat, en l’absence de redressement des bénéfices des entreprises, pourrait présenter un défi majeur pour les valorisations des actions au cours des mois à venir», avertit également la banque SYZ. Parmi les rares établissements qui formulent un pronostic précis, Deutsche Asset Management s’attend à ce que le DAX allemand se situe à 11 300 points et le S&P 500 américain à 2250 points dans un an, soit presque les niveaux actuels affichés par ces indices.

Méfiance envers les emprunts d’Etat

La méfiance reste en revanche de mise concernant les emprunts d’Etat. Après le tour de vis d’un quart de point annoncé par la Fed le 14 décembre, les établissements anticipent désormais trois hausses supplémentaires en 2017. «L’attitude plus agressive de la Fed sera négative pour les obligations souveraines américaines et l’or, mais positive pour le dollar et les actions», estime Mirabaud.

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L’or a de moins en moins d’adeptes. «La hausse des taux aux Etats-Unis augmente les coûts d’opportunités pour l’or qui ne génère pas d’intérêt», rappelle Thomas Stucki. UBS prévoit un cours de 1350 dollars l’once, à 6 et 12 mois.

Divergences sur le dollar

Les divergences d’opinion sont plus marquées à propos des devises, et concernant le dollar en particulier. Après la réunion de la Fed du 14 décembre, IG estimait qu’une hausse supplémentaire de 10% du dollar face à l’euro et au franc était à attendre. Deutsche Asset Management anticipe une parité entre l’euro et le dollar à un horizon de douze mois. Le récent regain de vigueur du billet vert ne convainc toutefois pas tous les analystes. UBS anticipe que le billet vert s’échangera à 1,15 dollar par euro ainsi qu’à 0,97 dollar contre le franc à la mi-2017.


Rétrospective: les actions suisses ont déçu en 2016

Trop de prudence pour les actions américaines. Trop d’optimisme pour les actions européennes et suisses. Des anticipations relativement juste pour les cours du pétrole attendus à plus de 50 dollars pour le baril de Brent (55 dollars vendredi). Telles pourraient se résumer les prévisions formulées il y a un an par les banques et instituts conjoncturels pour l’année qui s’achève.

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Pour la Suisse, les instituts sondés par le KOF anticipaient en moyenne 9400 points à fin décembre pour l’indice élargi du SPI (8946 points vendredi). L’écart est encore plus marqué pour l’indice SMI (8228 points vendredi): à l’exception de Raiffeisen, qui prévoyait 8900 points pour la fin de cette année, toutes les autres banques sondées par la NZZ il y a un an escomptaient un niveau de plus de 9000 points à la fin de 2016 pour l’indice phare de la bourse suisse.

Les banques ont aussi été souvent trop optimistes au sujet du DAX, attendu souvent à plus de 12 000 points (11 404 points vendredi). A l’exception de Pictet qui, il y a un an, prévoyait 11 300 points pour l’indice phare de la bourse allemande, ou de Raiffeisen qui escomptait 11 000 points. Elles ont été en revanche trop prudentes pour le S&P 500, attendu aux environs de 2150 points par Credit Suisse, Julius Baer et Pictet (2258 points vendredi). Mais l’année n’est pas encore tout à fait terminée.

Côté conjoncture, le consensus des analystes a été en revanche trop optimiste concernant la croissance du PIB aux Etats-Unis, attendue à 2,5% alors qu’elle devrait se limiter à 1,5% en 2016. Les prévisions ont en revanche été trop prudentes pour la Suisse: au lieu d’une hausse de 1,3% escomptée pour le PIB helvétique en décembre dernier, la croissance helvétique devrait avoisiner 1,5% cette année. (YH)