Chaque mois, la Banque Clariden rencontre les investisseurs pour faire le point sur un de ses fonds de placement. La période des achats de Noël approchant, la filiale du Credit Suisse Group a estimé que c'était le bon moment pour parler du Luxury Goods Equity Fund, un fonds entièrement investi dans l'industrie du luxe lancé en août 2000.

Pourtant, le bilan que l'on peut en dresser n'est guère enthousiasmant. Car de prime abord, les chiffres ne sont pas bons. La performance depuis janvier est de –10,3%, loin des +10 à 15% annuels espérés à son lancement et en deça de son benchmark, le MSCI World Consumer Discretionary (–4,8%). De plus, le volume sous gestion n'est que de 61 millions d'euros soit un tiers de moins que ce qui était attendu.

Il faut reconnaître qu'entre temps, les marchés boursiers ont été fortement baissiers et que les événements de septembre dernier ont changé la donne, au moins temporairement, dans le domaine des biens de luxe. Car en période de crise, le luxe est bien le cadet des soucis des consommateurs, ce qui nuit aux entreprises du secteur. L'activité s'est donc effondrée au lendemain des attentats. Les autres fonds de ce type disponibles en Suisse, comme ceux de UBS, ING ou Parvest, ont d'ailleurs enregistré des performances comparables.

Fort rebond

«L'industrie du luxe n'est pas complètement insensible au cycle économique» reconnaît Scilla Huang Sun, la gérante du fonds. «Elle est cependant moins cyclique que les autres secteurs même si elle a réagi plus fortement aux attentats que la moyenne des activités économiques.» Par exemple, les entreprises dépendantes des aéroports, comme LVMH qui possède la chaîne de diffusion DFS, ont été davantage touchées que les autres. Grande consommatrice de produits de luxe, la clientèle japonaise a aussi en partie annulé ses voyages en Europe. Mais elle n'a pas complètement renoncé à consommer. «Nous avons remarqué que les Japonais ont acheté chez eux les produits qu'ils auraient trouvés ailleurs, comme à Paris. Les circonstances sont exceptionnelles.»

En août, le fonds résistait en effet à la baisse des marchés et son volume était proche de 80 millions d'euros. Et depuis son point le plus bas, le 26 septembre, il a progressé de 30%. «La reprise a été plus rapide que prévu!» souligne la gérante persuadée que la tendance va se maintenir.

Préserver l'exclusivité

A condition que les entreprises du secteur sachent croître tout en préservant l'exclusivité de leurs marques. C'est un dilemme: capitaliser sur la marque en lançant de nouveaux produits peut certes créer des flux de revenus importants mais aussi à terme nuire à la réputation de l'entreprise. Or, plus qu'ailleurs, l'image de marque est déterminante pour conserver son rang dans le secteur du luxe. La clientèle accorde une très grande importance au nom des produits. Celui-ci ne doit donc pas être galvaudé. Autre risque pour les entreprises du luxe: investir dans les segments inférieurs du marché, plus proche des biens de grande consommation, et aboutir à une activité dont le chiffre d'affaires serait plus cyclique, ce qui déplairait aux investisseurs.

Retrait de Gucci

Premier fonds européen de luxe par sa taille, le Luxury Goods Equity Fund compte entre 20 et 30 positions, dans un univers d'investissement restreint à une centaine de titres. Seules les entreprises dont la majeure partie des revenus vient du luxe, comme Hermès, Richemont ou Bulgari, font partie du fonds. On pourrait alors s'étonner de voir Swatch dans les dix premières positions. «On ignore souvent que Swatch Group ne fait pas que des montres en plastique. Plus de la moitié de ses profits vient directement de marques de luxe comme Breguet ou Blancpain», précise Scilla Huang Sun.

La composition du portefeuille a peu changé au cours des derniers mois. Le fonds s'est toutefois en partie désinvesti de Gucci. «Si le titre a bien tenu pendant la crise, il est maintenant surévalué. De plus, ce n'est plus vraiment une action depuis son rachat par PPR puisqu'une option y est attachée à échéance 2004. Nous préférons donc diminuer notre exposition.»

Consolidation du secteur

Pour l'analyste de Clariden, l'industrie des biens de luxe est entrée dans une phase de consolidation. «Aujourd'hui, les entreprises doivent maîtriser l'ensemble de la chaîne industrielle, de la conception à la distribution. Or nombre d'entre elles sont des entreprises familiales qui n'en ont pas les moyens.» Des rachats pourraient donc avoir lieu sous peu.

Fabrice Vallat, directeur adjoint de Clariden, maintient les objectifs de croissance annoncés: «Les perspectives du secteur demeurent intrinsèquement bonnes. En particulier du point de vue démographique: le vieillissement de la population dans les pays développés est très porteur car ces personnes ont un important pouvoir d'achat. Le nombre de millionnaires dans le monde ne cesse également d'augmenter.» Le marché devrait donc être porteur pour un bon moment aux Etats-Unis, en Europe et au Japon. Scilla Huang Sun souligne enfin le potentiel des marchés chinois et russe: «Une élite consomme déjà ces produits et les populations témoignent

d'un intérêt certain pour les marques.»