Actuellement, pour investir en Russie il faut être haussier sur les matières premières, ce qui implique d’être positif sur les perspectives de croissance mondiale à long terme et/ou d’être orienté à la baisse sur le dollar US.

A court terme, il serait prudent de modérer ses investissements dans des marchés tels que la Russie, qui a déjà connu une hausse de 75% au cours des six derniers mois, et spécialement si ce marché est très dépendant de ses exportations de produits de base. Les stocks mondiaux de pétrole ont atteint des niveaux d’une hauteur inconnue depuis la fin des années 1980 et le rapport actuel entre l’offre et la demande n’est pas susceptible de générer des prix élevés. Mais la Fed imprime des dollars US à un rythme record, et du fait que la devise US n’a pas de couverture il est naturel qu’elle perde de sa valeur par rapport à d’autres devises et actifs. Les investisseurs du monde entier sont conscients de cette situation et commencent à limiter leurs risques liés au dollar US en acquérant plutôt des matières premières et d’autres actifs matériels, ainsi que des titres de marchés émergents. Ce qui fait que la correction de mai/juin que beaucoup, et nous aussi, attendaient en Russie pourrait ne pas se matérialiser.

La grande majorité des acteurs conviennent que la population mondiale poursuivra sa croissance et que les plus pauvres, qui en constituent la majorité, continueront à vouloir améliorer leur niveau de vie en acquérant les biens matériels que les riches possèdent déjà. Cette tendance soutiendra à long terme la croissance économique et la demande de produits de base, même si cette croissance pourrait de temps en temps connaître des soubresauts suite à des circonstances particulières. Notre style de vie moderne est basé sur la consommation et, en l’absence d’une évolution fondamentale, idéologique et culturelle, la majorité de la population mondiale continuera à consommer et à soutenir les niveaux de prix des produits de base.

La flambée des prix pétroliers de l’année passée a été due à la conjonction de plusieurs facteurs: une croissance de la demande, la baisse du ratio réserve/production, une capacité de production plus raisonnable, et la spéculation. Les sociétés pétrolières mondiales intégrées ne disposent en moyenne que de quelque 7 années de réserves; celles-ci en effet n’ont pas suivi le taux de production du fait que les prospections ont été moins profitables. Les meilleurs champs pétrolifères ont été découverts il y a plusieurs dizaines d’années et leur rendement a baissé parallèlement à la qualité de leur brut. Les zones disponibles à la prospection ont été réduites pour des raisons environnementales, stratégiques, géopolitiques et idéologiques. Des sociétés pétrolières nationales ont de plus en plus pris le contrôle de réserves stratégiques nationales, et certains experts théoriciens de «Peak Oil» pensent que nous serions déjà passés au-delà du niveau maximal de la production et des réserves pétrolières.

La flambée des prix pétroliers, qui avaient atteint 140 USD/baril, a fait baisser la demande mondiale de 2,6% l’année passée. A long terme, la demande ne peut que repartir, parallèlement à la croissance économique mondiale et, sans un déplacement d’envergure vers des sources d’énergie alternatives dont les projets de développement prennent des années voire des décennies, la limitation de l’offre forcera les prix du pétrole à reprendre leur hausse à long terme. Si à court terme nous pouvons donc assister à une correction due à l’importance des stocks, il n’en reste pas moins que dans les quelques années à venir des prix de 100 USD/baril seront courants et que les marchés russes en profiteront. Les investisseurs à long terme, et particulièrement ceux des nations consommatrices de pétrole, devraient investir dans des pays tels que la Russie, qui bénéficieront dans l’avenir de prix pétroliers en hausse.

*Senior Portfolio Manager

Head of Asset Management

Russia & CIS, Valartis Bank.