Swatch Group a vu ses ventes s’effondrer en 2020. Son chiffre d’affaires a chuté de 32,1%, à 5,6 milliards de francs (-28,7% hors effets de change), pour un résultat opérationnel de 52 millions (-94,9%) et une perte nette de 53 millions (-107%). Il s’agit du premier déficit annuel du groupe depuis sa création en 1983.

Le géant horloger biennois a publié ses chiffres jeudi matin, une heure avant les statistiques des exportations de la Fédération de l’industrie horlogère suisse, qui font état d’un recul de 21,8% pour la branche en 2020. En juillet dernier, lors de la publication des résultats semestriels, le patron de Swatch Group, Nick Hayek, se disait «très confiant de pouvoir enregistrer un résultat opérationnel positif», tout en précisant que le résultat serait nettement inférieur à celui de 2019.

Au deuxième semestre, Swatch Group a accru son chiffre d’affaires «de manière substantielle, malgré les mesures imposées par les autorités nationales et les confinements temporaires mis en place dans divers pays afin de lutter contre le Covid-19», précise le communiqué. En monnaies locales, le chiffre d’affaires net du groupe a affiché un recul de 14,3% entre juillet et décembre, contre -43,4% au premier semestre.

Ces résultats sont inférieurs aux prévisions du consensus AWP, composé de 13 analystes. Il prévoyait un chiffre d’affaires annuel de 5,8 milliards de francs, pour un résultat opérationnel de 57,3 millions et un bénéfice net de 14,2 millions. Il estimait par ailleurs que «les marques d’entrée et de milieu de gamme, comme Swatch, Certina ou Rado, devraient en particulier avoir souffert». Contacté, un porte-parole indique que ces sociétés «ont connu un très fort redressement au second semestre».

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Production variable

En termes de production, le deuxième semestre a permis à Swatch Group de réduire les pertes par rapport au premier. «Certains domaines produisant essentiellement pour des tiers ont continué d’afficher une utilisation des capacités inférieure à la moyenne. Pour d’autres, la demande a dépassé les capacités, entraînant des goulots de production», précise le groupe en faisant référence à Blancpain, Omega, Longines et Tissot. Il prévoit de retrouver la pleine utilisation de son outil industriel dans le courant du premier semestre 2021.

Omega a par ailleurs vu sa production interrompue pendant dix jours fin septembre, en raison d’une cyberattaque. Cela a provoqué des retards de livraison et des pertes de chiffre d’affaires pour la marque. Le communiqué précise encore que sans le secteur d’activité Calvin Klein, qui sera abandonné courant 2021, le résultat opérationnel serait ressorti à 99 millions de francs.

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La distribution a aussi connu d’importants changements l’an dernier. Le groupe a fermé 384 boutiques, dont 54 à Hongkong, ce qui a représenté une charge de 42 millions. Il en a ouvert 55 autres «sur les marchés en croissance», sans préciser lesquels. Le chiffre d’affaires de la vente en ligne a quant à lui progressé de 70%, sans permettre de compenser les reculs enregistrés dans la vente au détail. Il a représenté 20 à 30% des ventes pour l’entrée et le moyen de gamme.

240 millions perçus pour le chômage partiel

Les effectifs du groupe ont quant à eux diminué de 10,2%, à 32 400 personnes. Cette baisse s’explique «par la fermeture des boutiques, la situation à Hongkong ainsi que le démantèlement de l’activité Calvin Klein».

Actuellement, un peu plus de 2000 employés du groupe en Suisse - sur un total de 17 562 à fin 2019 - sont encore sous le régime du chômage partiel, indique le porte-parole. Cela s'explique par «l'obligation imposée par l'Etat de fermer les magasins», ainsi que par «les contraintes sanitaires dans les usines qu'il convient de respecter scrupuleusement».

Combien Swatch Group a-t-il perçu de l'Etat dans le cadre des RHT l'an dernier? «Des plus de 400 millions de francs que nous avons versés ces dernières années au titre de cette assurance, quelques 240 millions nous - respectivement à nos employés - ont été payés par la Confédération l'an dernier. Swatch Group a par ailleurs pris en charge les 20% de revenus qui ne sont pas couvert par l'Etat. Le chômage partiel se réduit jour après jour et ne devrait plus être d'actualité en mars ou avril»

Des dividendes estimés à 181 millions

Pour 2021, la direction générale du groupe «prévoit à l’échelle mondiale un fort besoin de rattrapage de la consommation de montres et bijoux, à l’instar de ce qui a été observé en Chine continentale après la normalisation de la situation sanitaire». Au deuxième semestre 2020, la croissance des ventes sur ce marché s’est élevée à deux chiffres, de même que pour l’ensemble de l’année. Le groupe précise également avoir retrouvé en décembre un niveau semblable à celui de 2019 aux Etats-Unis.

Swatch Group s’attend à un renforcement de la demande dès que les restrictions de voyage seront assouplies ou levées et «entrevoit de bonnes opportunités de réaliser un chiffre d’affaires proche de celui de 2019 en monnaies locales, avec des marges nettement supérieures». Le groupe précise qu’à fin 2020, le niveau des commandes dans le segment de la production «n’était inférieur que de 4% par rapport à l’exercice précédent».

Lors de l’assemblée générale du 11 mai, le conseil d’administration proposera un dividende de 3,50 francs par action au porteur et de 0,70 francs par action nominatives, contre respectivement 5,50 francs et 1,10 francs lors de l’exercice précédent, soit une enveloppe totale estimée à environ 181 millions de francs. Le porte-parole ce montant «à quelque 100 000 francs près». Il rappelle que les dividendes avaient déjà été réduits de 30% en mai dernier afin de préserver la trésorerie du groupe, dont la liquidité nette a augmenté de 24,3% à 1,7 milliards de francs.

A la clôture de la bourse jeudi soir, le titre de Swatch Group s'échangeait à 250.80 francs, en baisse de 0,83%, tandis que le SMI reculait de 0,50%.