France

Pertes atomiques pour le groupe nucléaire Areva

Détenu à 86,5% par l’Etat français, le géant de l’atome est en perdition

Fukushima financier, Tchernobyl économique… Dans la foulée de l’annonce, vendredi matin, des résultats financiers 2015 du géant nucléaire français Areva, les comparaisons faites par les analystes vont toutes dans le même sens: la catastrophe est désormais avérée. Tenu à bout de bras par les banques, dont l’Etat français, actionnaire à 86,5%, le groupe a obtenu ces jours-ci in extremis une rallonge de prêts d’environ un milliard d’euros (1,09 milliard de francs).

Cinq années consécutives de pertes

Areva a confirmé des pertes pour la cinquième année consécutive. Le groupe issu du regroupement en 2001 de Framatome et de la Cogema accuse une perte nette de 2 milliards d’euros pour 4,2 milliards de chiffre d’affaires. L’entreprise a consumé plus de 8 milliards depuis 2010. Et ce, malgré la cession en urgence, à la mi-2015, de son activité de fabrication de réacteurs à EDF, l’électricien national surendetté (34,2 milliards d’euros fin 2014), dont l’Etat demeure actionnaire à 70%.

La plongée dans le rouge d’Areva, qui compte 20 000 salariés à travers le monde, est emblématique des maux qui rongent le lobby nucléaire français. Le groupe, présidé jusqu’en juin 2011 par Anne Lauvergeon, s’est retrouvé plongé dans une spirale financière infernale après avoir acquis, pour près de 3 milliards d’euros, la société canadienne Uramin, propriétaire de gisements d’uranium… qui n’existaient pas. L’ombre de rétrocommissions en faveur de l’establishment politique français et africain a aussitôt resurgi, amenant la justice à ouvrir tardivement une enquête sur la gestion de l’entreprise entre 2007 et 2010.

L’autre raison de la descente aux enfers comptable d’Areva est l’échec industriel du réacteur de nouvelle génération EPR (réacteur pressurisé européen), dont les modèles pionniers à Flamanville en France et Olkiluoto en Finlande ont connu d’importantes avaries industrielles. Celui de Flamanville, initialement prévu pour entrer en fonction en 2012, est désormais annoncé pour 2018.

S’ajoute à ce scandale financier une impasse politico-énergétique que l’actuel gouvernement socialiste français tente de masquer. Comment justifier, en effet, le sauvetage à coups de milliards du géant nucléaire national alors que la grande conférence COP21 sur le climat de Paris, en décembre dernier, a fait l’éloge des énergies renouvelables? Et comment ne pas s’inquiéter des perspectives commerciales complètement chamboulées du marché mondial de l’atome, cinq ans tout juste après la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon, survenue lors du tsunami de mars 2011?

Carnet de commandes en baisse

Le carnet de commandes d’Areva, dont les activités sont désormais centrées sur le traitement du combustible – extraction et enrichissement de l’uranium, stockage des déchets radioactifs –, est en baisse de 10% pour 2016, et les perspectives commerciales ne sont pas bonnes, à l’heure où la faiblesse du prix du pétrole est jugée durable. Or, selon les experts, les besoins de financement de l’entreprise jusqu’en 2020 sont d’environ 8 milliards d’euros. Une addition que le président François Hollande va sans doute tout faire pour reporter après la fin de son quinquennat, en mai 2017.

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