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Les pertes d’UBS revues à la hausse

C’est 2,3 milliards de dollars, et non 2 milliards que la banque a perdu suite à la fraude attribuée à l’un de ses traders. Sous le feu des critiques, le patron d’UBS, Oswald Grübel, a affirmé ce matin qu’il ne démissionnerait pas

UBS a révisé à la hausse dimanche à 2,3 milliards de dollars sa prévision de perte due à la fraude sur des opérations de négoce attribuée à un trader de 31 ans. La banque avait chiffré précédemment sa perte à 2 milliards de dollars.

Dans un long communiqué apportant des précisions sur la fraude dont elle a été victime, la banque indique qu’avant «de faire une nouvelle annonce», elle voulait être «certaine des positions qui avaient été enregistrées et connaître également le montant de la perte associée à ces positions».

La banque précise encore avoir «désormais couvert le risque lié aux transactions de négoce non autorisées et l’activité sur actions fonctionne à nouveau normalement».

Les opérations de négoce non autorisées «ont été menées par un courtier travaillant au sein de l’activité «Global Synthetic Equity» à Londres, le courtier en question a été accusé par les autorités britanniques de fraude par abus de confiance», ajoute la banque. La banque répète encore qu’aucune position de clients n’a été affectée.

Transactions fictives

Contrairement aux hypothèses émises vendredi, le courtier d’UBS n’aurait pas réalisé sa perte en misant contre le franc. UBS précise que la perte résulte d’opérations de spéculation non autorisées sur divers fonds portant sur l’évolution des indices boursiers (S&P 500, DAX, et EuroStoxx), au cours des trois derniers mois. La banque dit avoir mené un contrôle interne sur les opérations de ce trader, K. A., qui est passé aux aveux le 14 septembre, un jour avant l’annonce de la fraude.

Les positions prises par le trader «rentrent dans le cadre du flux d’activité normal d’une grande maison de courtage d’actions internationale au sein d’un portefeuille», car elles étaient couvertes par d’autres positions, mais qui se sont révélées fictives, précise encore UBS.

Ces transactions fictives «cachaient» le fait que les transactions sur les fonds «dépassaient les limites de risque d’UBS».

Suite à cette fraude, le conseil d’administration d’UBS a créé un comité «spécial chargé de mener une enquête indépendante sur les activités de négoce non autorisées et sur leur lien avec l’environnement de contrôle». Un comité présidé par David Sidwell, administrateur senior indépendant. Les autres membres sont Ann Godbehere et Joseph Yam.

Oswald Grübel ne partira pas

Le patron d’UBS n’entend pas démissionner, comme le demandent de nombreux politiciens de gauche. Il s’agit à ses yeux d’une question «purement politique». Dans une interview donnée à l’hebdomadaire alémanique Sonntag , le patron d’UBS rejette toute culpabilité:«J’ai la responsabilité de tout ce qui se passe dans la banque mais je ne me sens pas coupable», affirme-t-il. Le maintien ou non à son poste est selon lui «l’affaire du conseil d’administration».

«Si quelqu’un agit avec une énergie criminelle, vous ne pouvez rien faire; il y en aura toujours dans notre job», a-t-il relevé.

Les réactions du monde sont sévères. Lors de l’émission Forum de la RSR, la conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD) a appelé Oswald Grübel à la démission. Face à elle, la conseillère nationale radicale vaudoise Isabelle Moret a de son côté appelé la banque à prendre ses responsabilités et éviter à la la Suisse les frais d’un nouveau sauvetage.

Un pari à 10 milliards

Par ailleurs, le Sunday Times a révélé que le trader K. A., soupçonné de fraude avait effectué des opérations non autorisées d’un montant de 10 milliards de dollars avant la découverte des pertes.

Selon le journal britannique, qui s’appuie sur des sources anonymes au sein d’UBS, la banque suisse a décortiqué les opérations du trader et vendredi à midi, ces positions de 10 milliards – soit cinq fois supérieures aux pertes –, avaient été liquidées.

Les enquêtes menées en Grande-Bretagne et en Suisse, par la Finma, devront établir comment le trader K.A. a pu provoquer une telle perte et pourquoi les mécanismes de contrôle de la banque n’ont pas fonctionné. Chez UBS, on pense que ce n’est pas la faute d’une seule personne.

Suite à cette affaire, UBS a stoppé l’ensemble de ses campagnes publicitaires dans le monde. Les spots TV et les annonces qui auraient dû paraître également dans la presse dominicale ont été gelés, comme la banque l’a confirmé à Sonntag. Ce gel va durer une à deux semaines.

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